Messina

   
 

Antonello da Messina

La Vierge de l’Annonciation

circa, 1470, huile sur bois, 45 x 34 cm

 

Le titre de la peinture, "Annunziata", interroge le spectateur : est-ce une représentation de l'acceptatio de Marie, qui vient d'écouter les paroles de Gabriel (qui accepte donc d'être "la servante du Seigneur") ou, au contraire, une Annonciation, qui échappe aux représentations traditionnelles, puisque l'ange est absent de l'espace du tableau ?

L’huile sur bois, de petit format, représente une Vierge Marie à «l’échelle», cadrée à mi corps, ce qui réduit considérablement les possibilités narratives. L'Annonciation, épisode narratif en cinq temps, a toujours été un défi en peinture, art synchronique par excellence. Antonello semble pourtant parvenir à condenser dans cette petite toile la représentation de ces cinq moments. Loin de réduire cette toile à une simple représentation de l'action de la grâce sur la Vierge "annoncée", on peut interpréter ce tableau comme le récit condensé de l'apparition de Gabriel, de sa conversation avec Marie, et de la réponse de la servante du Seigneur.

Marie lit un petit livre de prières, posé sur un pupitre en bois délicatement ouvragé. Les couleurs font que le bleu, intense, du vêtement de Marie cerne au plus près son visage et que ses mains jouxtent les pages blanches du livre qui tranchent, plus encore que le voile de la Vierge, sur le fond noir. Cette toile est étonnante, qui échappe à la représentation conventionnelle de l’Annonciation puisque l’ange Gabriel en est le grand absent. Marie a donc été surprise en pleine lecture : quelque chose d’insolite, se passe, de fait, « hors champ ». Le peintre a-t-il occulté l’ «infigurable» présence de l’Ange pour ne retenir que la réaction de la Vierge ?

La composition nous émeut par sa sobriété : un fond sombre sur lequel s’inscrit l’ovale parfait du visage, ceint d’un voile en forme de triangle. Le bleu, lumineux, du vêtement de Marie domine la composition, occupant presque la moitié de la surface du tableau. Marie est, au sens premier du terme, « illustrée », rayonnante malgré la réserve dans laquelle elle se tient. La perfection du rendu de sa carnation fait merveille, permise par la technique de la peinture à l’huile (nouvellement acquise, nous dit Vasari, par le peintre à qui Van Eyck en aurait confié le secret).

Le format en fait un tableau de dévotion suscitant un regard aimant, qui fixe le contour du nez, effleure le bord des lèvres, glisse vers la gorge, puis, guidé par le triangle que dessine le voile refermé, s’arrête sur les mains. Les yeux de Marie, songeurs, riment avec les ouvertures pratiquées dans le pupitre, ce qui confère à la toile une note étrange presque incongrue (sorte d’ « ini-mage » « dont il est difficile de définir le statut). La page blanche, relevée, du livre fait signe : serait-ce là l’effet de quelque déplacement d’air dû à la survenue subodorée de l’Ange ? Surprise, la Vierge, qui tournait les pages du livre, a relevé sa main droite en écartant doigts, tandis que sa main gauche s’emploie à ajuster pudiquement son habit. Nous observons le trouble de Marie, comme si nous étions devenus l’espace d’un instant, Gabriel lui–même, venu annoncer la Bonne Nouvelle.

Antonello da Messina s’inscrit évidemment dans la tradition des peintres qui veulent rendre le bouleversement psychologique de Marie (l’étonnement, la peur, l’acceptation, le respect, mais aussi la joie) ; mais l’on doit reconnaître que la manière dont il traite son sujet est d’une modernité rare : sous couleur de célébration, l’artiste s’est plus intéressé, aux sentiments psychologie de Marie qu’à la « servante du Seigneur ».

 

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Joseph Haydn Symphonie N º 94 en sol majeur « La Surprise »