Edvard Munch

 

 

 

  

Le cri

1893 - Tempera sur panneau, (83,5×66cm)

Oslo, Kommunes Kunstsamlinger Munchmseet

"Un soir que je marchais en suivant un chemin – d’un côté se trouvait la ville et en dessous de moi le fjord. J’étais fatigué, malade. Je me suis arrêté pour regarder vers le fjord – le soleil se couchait – les nuages étaient teints en rouge, comme du sang. J’ai senti passer un cri dans la nature ; il m’a semblé que je pouvais entendre le cri. J’ai peint ce tableau – peint les nuages comme du véritable sang. Les couleurs hurlaient."      

              Le tableau exprime : un homme sur le pont, le visage entre les mains, émettant un grand cri. Derrière lui, deux hommes limitant à notre vue le pont, paraissant comme deux ombres. L’homme criant, a un corps en forme de larve. Les hommes ont la taille droite, peuvent être debout ou bien se promenant sur le pont. Le paysage autour du pont est formé de trois parties : la terre de couleur verte, la mer en bleu foncé et le ciel est striée de rouge et de jaune en couleur d’équinoxe, avec quelques touches de bleu, où les stries prennent la forme d’un œil. On voit une île et deux bateaux derrière l’île. Le pont présente une perspective qui le pousse à sortir du tableau.
              Il est rare de trouver un œuvre d’art où l’on a une vraie sensation sonore de l’espace ou bien l’espace du son. Cette œuvre n’impressionne pas seulement notre vue par les couleurs et les formes, mais encore nos autres sens et en particulier l’ouïe. Une expression pareille est chez Caravage, dans Judith1 le cri d’Holopherne est presque entendu et le cri dans Tête de Méduse2 ; chez Bruegel encore dans Le Bailleur3 et même Le repas de noces4 est enrichi avec le son de cornemuses et La danse de la mariée en plein air5 nous impressionne de cris de joie. Munch voudrait entourer le spectateur du son qui sort du tableau et envahit l’espace. Le cri est accentué par les lignes du ciel, qui se rencontrent hors de la toile.
             On remarque les ondulations qui remplissent les deux tiers du tableau. Elles commencent par le coin gauche du haut, pour sortir du tableau vers la moitié droite, et revenir vers le bas gauche se rencontrer avec le pont. Elle prend la forme de vagues légères au ciel paraître comme une chevelure dans la terre. Les ondulations bleues de la mer entourent une île où flottent deux embarcations ressemblant à des insectes qui font presque le tour de l’île. Au ciel on a un œil qui complète les lignes, elle paraît mystique comme chez les anciens égyptiens. Un œil qui est haut dans le ciel, comme regardant le reste.
            L’élément principal de ce tableau est un homme en forme de larve tenant le visage par désespoir, et imposant le thème du cri. Son corps paraît léger et se tord par le cri. Tenant son visage comme de peur de tomber. Les couleurs de cet homme sont ternes par contre ceux du ciel sont clairs et vivaces (couleur du sang). On a des cavités à la place des yeux et de la bouche, comme si le cri provenait de l’intérieur. La tête est ronde, et le menton s’allonge avec le corps. Tous les éléments du tableau entourent ce personnage, placé debout au milieu de la moitié inférieure du tableau. Le plus étrange est la sensation du visage qui tient le corps, comme des masques qui racontent, et non qui accompagnent les autres termes, ou bien une tête de momie, qui questionne le passé. Deux ombres limitant le pont, sont comme deux observateurs qui assistent au désespoir de ce bonhomme. Ces ombres n’expriment pas de détails, autre qu’être distingués, à cause des chapeaux. Les lignes du parapet font sortir le cri hors du tableau. Ils présentent avec le sol du pont une perspective rendant la situation plus réelle. On sent que le cri a vraiment déformé le paysage qui l’entoure.  
           Les couleurs de l’ensemble pont et ce qui lui est rattaché, sont ternes par contre ceux de l’ensemble ciel, mer et terre sont clairs et vivaces (couleur du sang, bleu et vert). Le pont est tracé par des lignes droites, par contre le ciel, la mer et la terre sont ligne courbe. L’homme est comme momifié et les deux autres comme des ombres sans vie et l’autre partie est vivante. Ceci nous présente des parties contradictoires avec d’autres.
          Que pourrait dire ce tableau ? Et pour qui, est ce cri ? Pourrait-il être d’un monde artistique virtuel vers un monde réel qui est le nôtre ? Ou bien un étonnement en rencontrant la réalité ? Laquelle ?

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  1. Caravage : Judith ; 1595-1596 (144×195cm), collection Coppi, Rome.
  2. Caravage : Tête de Méduse ;  1596-1598 (60×55cm), Galerie des Offices, Florence.
  3. Peter Bruegel (le grand) : Le Bailleur ;  1558 (12,6×9,2cm) Musées royaux des Beaux-arts, Bruxelles.
  4. Peter Bruegel (le grand) : Le repas de noces ;1568 (114×163cm), Kunsthistorisches Museum, Vienne. 
  5. Peter Bruegel (le grand) : La danse de la mariée en plein air ; Peter Bruegel (le grand)  
 

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