Enfer des hébreux

 

 

 

Cette page cotient : 

  1. Pentateuque, Juges, Rois 
  2. Livres moraux anciens :Job, Psaumes, Ecclésiaste, Proverbes 
  3. Les Prophètes 
  4. Deutérocanonique
  5. Origine de la doctrine de l’enfer chez les Hébreux

 

(Ce qui suit est basé sur l’ancien testament uniquement)

1- Pentateuque, Juges, Rois :

            Comme chez tous les peuples, la croyance de l’au-delà fait essentielle de la religion hébraïque primitive. Cet au-delà est un jeu et un état. Le lieu est appelé le še'ôl, caverne souterraine, engloutissant tous les morts. Ce lieu est distinct du tombeau.

            L’état des âmes dans le še'ôl, fut d’abord chez les Hébreux très obscur. La raison de cet état non éclairé par la révélation divine, est impuissante à le connaître clairement ; l’expérience de l’humanité dans toutes les religions anciennes, le montre bien. Or, l’exercice de la raison était peut-être moins développé chez les juifs en général que chez beaucoup d’autres peuples. Race toute positive et toute pratique, race très jalouse et très exclusiviste au point de vue de la nationalité, les juifs primitifs n’étaient que très peu aptes à spéculer sur l’au-delà individuel. Ils croyaient à l’autre monde, mais ils pensaient surtout à celui-ci pour y chercher le bonheur personnel et la prospérité nationale.        

            La révélation primitive hébraïque n’ajouta que très peu de chose aux notions imparfaites fournies par la raison. Par suite sous le rapport de la sanction morale dans le še'ôl, la conscience juive fut d’abord très imparfaitement éclairée. Elle avait un vif sentiment de sa responsabilité, individuelle et nationale, devant Jahvé. Cf Exode., iv,24-26 ; v, 26 ; xv, 26 ; xvi, 6-9 ; xviii, 16, etc., toute la constitution théocratique d’Israël au point de vue moral, social, politique, économique même, et toute l’histoire des chutes, des châtiments et des conversions d’Israël s’avouant coupable, et digne de châtiment, implorant le pardon de Dieu. Ceci à l’encontre des idées sur l’amoralisme primitif des Hébreux.

            Cependant, cette responsabilité morale des Hébreux devant Jahvé était surtout à échéance terrestre. La loi, Lev., xxvi, 14-21 ; Deut., xxviii, 15-45, énumère toutes sortes de châtiments pour ceux qui transgressent les préceptes divins, et les châtiments sont tous terrestres, et il en est ainsi dans l’Ancien Testament presque jusqu'à David et aux prophètes. Toutefois pour comprendre sainement cette mentalité, il faut noter que ces sentiments contribuèrent puissamment à développer chez les juifs un sens religieux de plus en plus profond ainsi qu’à élever peu à peu leur sens moral au-dessus d’un utilitarisme égoïste : les juifs fidèles cherchaient le bonheur temporel, fuyaient ici-bas la vengeance divine par un fidèle service religieux, méritant les complaisances de Dieu.

            De sanction morale dans l’au-delà, on peut trouver quelques premières traces, d’abord dans cette vague conception que le déshonneur de la vie d’ici-bas, comme l’honneur spécialement au moment de la mort, suivent les hommes dans le še'ôl, III Reg., ii, 6, 9 ; puis en cette autre que l’homme libre, choisissant la vertu ou le péché, choisit aussi en fait la vie ou la mort, Deut., xxx, 15-20, expression confuse, qui, plus tard, sera toute spiritualisée, mais qui, dès maintenant, malgré certaines parties du contexte, peut difficilement être restreinte à un sens uniquement matériel.

            On cite souvent, en faveur de la rémunération différente après la mort, quelques textes du pentateuque, à première vue assez clairs, mais dont la signification semble incertaine. Les expressions : Moriatur anima mea morte justorum ; fiant novissima mea horum similia, Num., xxiii, 10, distinguent nettement la mort des justes et celle des impies ; mais cette distinction peut n’être encore que temporelle, comme dans le reste du Pentateuque.

            Finalement, dans le Pentateuque, et il en est de même dans les livres de Josué, des Juges et des Rois, il n’y a aucune distinction explicite entre le sort des justes et des impies dans l’au-delà. Deux principes implicites y sont contenus seulement : celui de la responsabilité individuelle devant Jahvé et de celui de l’espérance messianique individualisée.

 

2- Livres moraux anciens :Job, Psaumes, Ecclésiaste, Proverbes :                  

            C’est naturellement le spectacle de la disproportion des misères et des vertus ici-bas qui fixa la réflexion sur les sanctions de l’au-delà. Eux-mêmes justes et malheureux, les auteurs inspirés considèrent d’abord les malheurs des justes Guidés par l’inspiration et la droiture de leur conscience, ils s’élevèrent bientôt à la claire vérité : la juste complète pour l’homme vertueux, et ainsi digne de bonheur, n’est pas ici-bas, mais dans l’au-delà.

            1. C’est la solution de Job qui pose très explicitement le problème et dont le livre est occupé à chercher cette solution. Ses trois premiers amis défendent la théorie de la sanction exclusivement terrestre pour le péché comme pour la vertu. Fort de son innocence, Job oppose le fait, son histoire, à leurs théories et peu à peu monte à la vérité-principe : la sanction dans l’au-delà, d’abord en désir, xiv ; puis en espoir absolu, xvi,8- xvii, 9 ; enfin en certitude, xix, 23. Job ne traite pas directement des pécheurs ni de leur châtiment après la mort. On cite parfois à ce sujet, xxiv, 19.  Le texte hébreu signifie simplement : le še'ôl, engloutit le pêcheur comme la sécheresse et la chaleur absorbent l’eau des neiges ; sanction terrestre d’une mort rapide, que de décrit le verset suivant, surtout dans le texte original. De même xxxi, 12, il est dit de l’adultère, désigne la ruine totale terrestre, la perte de la fortune, de la famille, etc., comme l’explique la seconde partie du verset Il y a cependant, dans Job, deux allusions possibles au véritable enfer des méchants : xxvi, 6, le še'ôl est distingué de l’abaddôn, ruine, destruction, ici lieu de ruine et de destruction. Cf. Prov., xv, 11 ; Ps. Liv, 24. S’agit-il dans ces textes d’une distinction locale dans le še'ôl, d’un lieu plus abyssal (Cf. Job xxviii, 14) plus destructeur pour les morts, ou d’une simple répétition synonymique, appelée par le parallélisme ? Cf. xxviii, 12, où perditio  semble désigner le še'ôl simplement, xxxi, 12.

En résumé, Job attire l’attention sur les sanctions de l’au-delà. Affirmer la récompense des justes, c’est proclamer implicitement la punition sur les sanctions de l’au-delà. Affirmer la récompense des justes, c’est proclamer implicitement la punition des méchants ; mais l’implicite peut rester longtemps inaperçu.

            2. Une autre affirmation, implicite encore, mais plus claire, du châtiment infernal se trouve dans la doctrine du jugement divin universel, exposé dans les Psaumes, l’Ecclésiaste et les Proverbes. Ici encore pourtant les juifs pensaient surtout aux sanctions d’ici-bas et la plupart des textes, parlant en général du jugement divin, sont à interpréter au sens temporel. Par exemple, Ps, i, 5, sont des maximes générales qui, dans l’esprit du psalmiste, à en juger par le parallélisme du bonheur tout terrestre du juste, devaient être aussi entendues de la ruine terrestre. De même, Ps. ix, 9, 18 que les pêcheurs tournent dans le še'ôl ; xxx, 18 ; liv, 16, 24 ; lxxxi, 8 ; lxi, 13. Les Ps. xcv, 10-13 ; cix, 1, 6, 7, parlent d’un jugement vraiment eschatologique et universel, mais en perspective messianique, regardant les nations plus directement que les individus, et donc aussi d’ordre temporel, du moins au sens littéral direct. D’autres psaumes parlent clairement du jugement ultraterrestre. Les ps. xv, 10-11 ; xvi, 15, développent principalement la considération des espérances éternelles des justes. Enfin les ps. xxxvi, xlviii, lxxii, xci, abordent directement le problème de la rétribution du mal. Les ps. xxxvi, xlviii, lxxii, xci, abordent directement le problème de la rétribution du mal. Les ps. xxxvi et xci renferment une opposition claire entre le sort du juste et de l’impie, quelquefois en formules générales de vie, de ruine, de salut, pour les siècles des siècles, etc.. ; cependant il ne faudrait pas s’en tenir à l’apparence, car le contexte restreint ces promesses ou ces menaces au sort temporel de l’individu ou de sa prospérité. Voir xxxvi, 3, 9, 11, 18, 25-29, 34-38.

L’Ecclésiaste résume sa sagesse, xi, 1-10, dont la notion n’est pas très élevée, sans être pourtant non plus immorale. Il faut jouir de la vie d’ici-bas, honnêtement, avec mesure, en gardant le souvenir que tout est vanité, que tout bien est un don de Dieu et que Dieu vous jugera. Ce jugement est déjà rappelé iii, 16-17 ; viii, 5-6 ; viii, 11-12, le jugement infaillible sur les pêcheurs. Le fait pourtant des impies continuant à être heureux se dresse toujours en objection, viii, 14 ; la réponse est de nouveau d’abord toute terrestre il faut jouir le plus possible de la vie et des biens que Dieu nous donne ici-bas. L’Ecclésiaste insiste et répète la difficulté, car elle n’est pas résolue, ix, 1-6 ; même réponse. Pour le sens de ce texte pas plus matérialiste que ix, 4. Mais bientôt il retourne à l’idée du jugement divin ix, 9-10.

            Les proverbes sont un essai de morale un peu ascétique. Les motifs invoqués pour faire pratiquer la vertu sont presque tous d’ordre temporel. On rencontre pourtant quelques affirmations assez claires des sanctions plus définitives de la vie future, soit pour les justes, soit pour les méchants ; xi, 4, il y a un jour de jugement inexorable de Dieu, jugement individuel, car les Proverbes s’adressent aux âmes individuelles ; pour l’impie, la mort détruit toutes les espérances. Cf. x ; 2, xiv ; 32, xxiii, 17, 18 ; xxiv, 14 ; iv, 18 ; viii, 35-36.

            On conclut qu’avant les prophètes, les hébreux connaissaient la vie future mais une vie future, à conditions peu précises, plutôt tristes d’ailleurs et mélancoliques. L’espérance du libérateur était très éloignée ; seules donc, quelques âmes supérieures s’élevèrent assez pour vivre réellement de ces perspectives lointaines de délivrance messianique ; ce sont aussi ces âmes qui arrivent le plus vite à reconnaître un še'ôl à sanctions morales différentes pour les justes réunis par Dieu. Cf. Ps. lxxii. Cependant la masse restait peu sensible à la pensée morne de l’au-delà : joie et tristesse, tout était considéré en cette vie pour soi et pour ses descendants ; religieusement la joie était tenue pour un bien venu de Dieu et une bénédiction réservée aux justes ; la tristesse était donc une malédiction qui allait normalement aux impies. Mais le fait d’expérience contraire à la vue théorique amena, par une autre voie, à la sanction ultra-terrestre, et les solutions opposées de cette sanction pour les bons et pour les méchants, déterminées par un jugement de Dieu, ont déjà été entrevues ça et là dans les livres poétiques et sapientiaux de l’ancienne alliance.

 

3- Les Prophètes                                                             

            Nous ne nous occuperons que de leurs affirmations explicites au sujet du châtiment des impies dans la vie future.

            1. Avant la fin de la captivité : bien que remplis de menaces contre les israélites corrompus et contre les païens dégradés, les petits prophètes préexiliens ne font aucune menace pour l’au-delà, et ceci car leur point de vue essentielle est nationaliste, ils s’adressent à un peuple si charnel qu’ils ne peuvent recourir pour l’ébranler qu’à des promesses ou à des menaces temporelles. Cependant Joël, iii, 1-21, semble annoncer vraiment le jugement dernier « dans la vallée de Josaphat » (de Dieu qui juge), appelée « vallée de décision », iii, 2, 14. Après une grandiose description de ce jour terrible, 9-16, sans préciser autrement le jugement de condamnation, le prophète ouvre les riantes perspectives d’un bonheur qui n’aura plus de fin pour Juda purifié, restauré, le mettant en face d’une désolation et d’un châtiment également sans doute éternels, 17-21.

            C’est aux grands prophètes, que Dieu a commencé de découvrir vraiment avec clarté les perspectives de la vie future.

            Isaïe, le premier, semble-t-il, a vu au fond du še'ôl, l’abîme terrible où sont torturés les damnés, xiv, 9-20, description de la ruine du roi de Babylone ; celui-ci est précipité au séjour des morts et dans ses dernières profondeurs, pour y être l’opprobre des autres illustres criminels ; première vue vague encore. xxiv décrit le jugement dernier ; les versets 21-22 disent que Dieu châtiera les divinités païennes (les démons cachés sous ces divinités) et les rois de la terre, qu’il réunira dans l’abîme du še'ôl, qu’ils y seront enfermés comme dans une prison et que pendant de longs jours, c’est-à-dire toujours, continuera leur châtiment. Cf. xxvi, 14, opposé à 19.

Après avoir, comme un refrain menaçant, qui termine les diverses sections de sa prophétie, répété aux impies que, pour eux, il n’y a pas de paix, absolument et sans restriction, xlviii, 22 ; lvii, 21, Isaïe donne, lxvi, 15-24, la grande vision prophétique de l’au-delà. C’est le jugement dernier, 16, 18. C’est la restauration d’Israël pour l’éternité avec de nouveaux cieux et une nouvelle terre, 22.

            Pendant la période des épreuves d’Israël, tout en insistant sur l’eschatologie nationale, Dieu commence à inculquer de plus en plus à son peuple le sentiment de la responsabilité individuelle en face des vérités éternelles.

            Jérémie ne dit rien de certain sur l’enfer. Dans le passage, xv, 14 le feu de la colère divine n’est qu’une métaphore ; en xvii, 4, le prophète parle de ce même feu de la colère divine ; s’il ajoute qu’il brûlera toujours, peut-être ne veut-il signifier qu’une ruine totale, mais peut-être aussi est-ce qu’une perspective subitement élargie jusqu’à l’au-delà dans un éclair passager.

            Ézéchiel, dans ses annonces prophétiques de la ruine de l’Assyrie et de l’Egypte, fait une grandiose description de la descente aux enfers de tous ces puissants peuples que Dieu veut châtier, xxxii, 23. Il y a là certainement l’affirmation d’une sanction morale de châtiment dans l’au-delà et en un lieu spécial  du še'ôl. Cf. Is., xiv, 9-20. Ézéchiel d’ailleurs n’en dit pas davantage explicitement. Du reste, il insiste sur le jugement de Dieu à l’égard des individus, qui seront punis ou sauvés ; de même il parle encore du jugement divin au point de vue messianique de l’avenir d’Israël : seuls, les israélites fidèles feront partie du royaume de Dieu restauré.

            Daniel, xii, 1-2, en donnant une affirmation précise de l’enfer éternel, ajoute un nouveau point de doctrine : la résurrection des damnés eux-mêmes, qui se réveilleront du sommeil de la mort pour l’opprobre et la honte éternelle.

            2. Après la captivité : La courte prophétie d’Aggée ne contient que des bénédictions et malédictions temporelles.

            Celle de Zacharie, à portée générale, eschatologique, prédit spécialement, v, 1-11, un jugement de toute impiété et une séparation entre elle et le peuple de Dieu qui ne se réalisera pleinement que dans l’autre vie. Les c., xii-xiv, à la manière prophétique, décrivent confondus, les deux jugements divins, temporel et éternel.

            Enfin Malachie clôt la prophétie ancienne par une nouvelle annonce du jugement universel, iv, 1-3, qui réglera différemment le sort des justes et des impies.

 

4- Deutérocanonique :

            1. La sagesse : i-v, aborde directement le problème de la destinée humaine i, 6, 8-10 l’auteur pose comme la thèse du jugement des impies : Dieu sait tout et jugera tout pour châtier tout mal. Ii, 1-10, par mode d’objection, il expose la solution matérialiste : rien après la mort ; rien n’est revenu ; le hasard règle tout. Donc mangeons, buvons, etc. ; la force, voilà le droit : détruisons le juste notre ennemi, 21-25, une première brève réponse : insensés, qui ignorent la justice de Dieu et la nature de l’homme faite pour l’immortalité heureuse pour les justes, de mort pour les fils du diable, cause de la mort. iii, 1-9, bonheur immortel des justes ; 10-19, malheur des impies d’abord temporel, puis fin dernière terrible. Iv, 1-7, malheurs terrestres des impies, honneurs de la vertu ; 8-14 a : le monde n’y comprend rien et se moque : 18-19 : mais Dieu à son tour le condamnera. Iv, 20-v,24 : le sort éternel des impies dans un tableau grandiose. D’abord, voici les impies, pleins d’effroi à la pensée de leurs péchés et accablés sous le témoignage de leurs crimes, iv, 20 ; en face de leurs anciens persécuteurs, les justes, debout en grande assurance, v, 1. Alors les décisions : les impies, 2-15, stupéfiés et épouvantés horriblement de ce changement de destinées, avouent leur folie et leur culpabilité. Aux justes, au contraire, 16, 17 la vie éternelle, auprès du seigneur, dans son magnifique royaume.

            2. L’Ecclésiastique est un livre de même genre et de même doctrine que les Proverbes, donc à point de vue le plus souvent temporel ; cependant la préoccupation de la vie future y est beaucoup plus accentuée. Voici quel est le sort des méchants, vii, 8 : tout péché sera puni : 17-19 ; le feu et le ver seront le châtiment de l’impie.                                                                                 

            3. Le second livre des Machabées exprime les mêmes idées que Daniel. Le vieillard Eléazar répondait aux tentateurs de sa fidélité vi, 26. Le c. vii raconte le supplice de ces sept héros, frères de sang et de vertu, ainsi leur mère. C’est la pensée de la vie future qui les soutient dans les tortures. En autre, ils craignent pas de menacer leur persécuteurs de la géhenne éternelle pendant qu’eux réjouissent avec Dieu ; 14, à nous la résurrection, pour toi, tu n’auras pas de résurrection pour la vie ; 17, des tourments à toi et à ta race ; 19, d’impunité devant Dieu ; 31, 34-36, menace des vengeances célestes que le plus jeune des sept supplie Dieu de l’exécuter qu’ici-bas pour la conversion de son bourreau.

 

5- Origine de la doctrine de l’enfer chez les Hébreux :                                                                  

            Les rationalistes ont essayé d’expliquer sans surnaturel l’eschatologie individuelle des Hébreux. Les premiers eurent recours à la théorie des emprunts faits aux Grecs à l’époque de la domination grecque ou aux Chaldéens pendant la captivité. Leurs successeurs reculèrent la date et rapportèrent l’emprunt aux Égyptiens. Les plus récents, mieux renseignés par les découvertes de Ninive, attribuèrent la doctrine empruntée aux Assyriens, aux ou aux Perses. Plusieurs enfin aujourd’hui préfèrent recourir aux simples lois générales de l’évolution religieuse. D’abord, les Hébreux partagent la conception primitive, comme à la race sémite, du culte des ancêtres lequel ne laisse aucune place aux idées de sanction morale. Puis le Jahvéisme importe une eschatologie exclusivement nationale, au point que Jahvé n’avait d’abord aucune juridiction dans le še'ôl. Ces deux conceptions de Jahvé et du še'ôl indépendant de lui, bien que contradictoires, ont coexisté dans l’esprit des israélites jusqu’au VIIIe siècle avant Jésus-Christ. Voir Ps. lxxxviii, 5 ; xxxi, 22-23 ; Is., xxxviii, 18. Les anciens Israélites n’étaient pas scandalisés ni du bonheur des méchants, ni du malheur des justes, Jahvé ne s’occupant pas des individus, mais de la nation seule. Il punissait les méchants ici-bas directement ou dans leur postérité, Exod., xx, 5 ; Jos., viii, 24 ; I Sam., iii, 13 ; ou dans la Gen., xii, 17 ; xx, 18 ; Exod., xii, 29. On considérait comme une miséricorde qu’il fit tomber le châtiment sur les enfants I (III) Reg., xi, 12 ; xxi, 29. Contre ces théories de fatalisme et de désespérance et parallèlement au développement du Jahvéisme en véritable monothéisme, Jérémie, après avoir adhéré aux vieilles idées, xv, 4, commença une réaction individualiste et spiritualiste, xxxi, 19, 31, 34, développée par Ézéchiel, xiv, 12-20 ; xviii, 4-30, popularisée enfin par plusieurs psaumes et par les Proverbes. Et encore il ne s’agissait d’abord que de rétribution terrestre : tout juste est ici-bas heureux, tout pêcheur malheureux. Ces idées, se heurtant à une expérience contraire, donnent lieu à d’ardentes discussions. Les uns résolvent la difficulté en ajoutant la responsabilité nationale à la responsabilité individuelle terrestre. Eccli., xxiii, 25 ; xl, 15 ; xli, 6 ; Dan., ix, 7 ; Jud., vii, 28 ; Tob., iii, 3 ; Baruch, i, 18-21 ii, 26 ; iii, 8. Ézéchiel maintient que l’expérience de l’individu répond toujours à ses mérites. L’Ecclésiaste nie expressément toutes ces solutions : il n’y a pas de sanction, vii, 15 ; ii, 14 ; ix, 2 ; viii, 10 ; les passages contradictoires, iii, 17 ; xi, 9, 6 ; xii, 14 ; viii, 12, sont probablement interpolés. Après Job, deux courants : le matérialisme à la suite de l’Ecclésiaste qui aboutira au sadducéisme ; le postulat de la vie future par la foi, à cause des difficultés de la vie morale (l’immanence chez les juifs !…). Celui-ci se développe en la théorie de la résurrection qui synthétise l’eschatologie nationaliste : les justes ressusciteront pour le royaume messianique ; les méchants pour la punition. Dan., xii, 2 ; Is., lxvi, 24.

            La théorie rationaliste est d‘abord essentiellement basée sur un remaniement chronologique et une interprétation tendancielle des textes qu’on ne peut s’empêcher de trouver très arbitraire ; on connaît le procédé : bouleversement des textes, d’où contradictions, évolutions diverses de théories, au gré, ou à peu près, des critiques. Ces faits et ce développement ont (pour les croyants) une origine surnaturelle. Dès le principe, l’eschatologie infernale juive se montre de beaucoup supérieure à toutes les eschatologies païennes, et son évolution marche avec une telle assurance vers la pleine lumière, contrairement à ce qui se passe chez les païens, que là aussi l’intervention de Dieu est aussi évidente. En effet, premièrement dans la doctrine juive, de l’imperfection, mais pas d’erreur, pas de mythes, pas de panthéisme, ni de métempsycose, ni de descriptions fabuleuses du royaume infernal, etc., comme en Égypte, en Assyrie, dans les Indes, en Grèce ou même en Perse. De plus, telle religion, telle eschatologie et la religion juive diffère, on sait combien, de toutes les anciennes religions purement humaines. L’homme est créé par Dieu et pour Dieu (relation de service et même d’amitié intime avec la divinité) et Dieu-providence veille sans cesse ici-bas et dans l’au-delà, sur tout l’ouvrage de ses mains (justice, sanction, etc.).

            L’évolution de la doctrine infernale juive est une marche assurée vers la pleine lumière, sans jamais aucune chute dans l’erreur ; comme il n’y eut jamais de fantaisie mythologique ou de rêverie chimérique, ainsi il n’y eut jamais, dans l’enseignement des Livres saints, de courant matérialiste ou de courant négateur de sanctions ultra-terrestres. Peu à peu le problème de ces sanctions définitives se précisa devant la réflexion et las révélation, sort des justes et sort des méchants, jusqu’aux sublimes explications des deutérocanoniques, prélude de l’Évangile.

                                                                                                            

6. – Pour résumé on remarque le développement de la doctrine dans l’ancien testament en trois phases : 1. Des origines aux prophètes, ce sont concepts rationnels vagues sur les sanctions ultraterrestres, préservés de toute erreur par l’Esprit divin qui inspire de plus en plus aux auteurs sacrés un vif sentiment des jugements inéluctables de Dieu. – 2. Les prophètes ont la vision nette des sanctions elles-mêmes avec leur durée éternelle : existence d’un enfer de damnation et de supplices positifs sans fin. – 3. Les deutérocanoniques, avec un exposé plus étendu de ces supplices et de leurs rapports avec les péchés qui les méritent, commencement à étudier l’importance vitale universelle de cette doctrine de l’au-delà et à s’élever ainsi de plus en plus au-dessus de ce monde qui passe.   

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