La Création

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 La création chez les Grecs.

 

Le mythe Pélasge de la Création

  

 

a. Au commencement, Eurynomé, déesse de Toutes Choses, émergea nue du Chaos mais elle ne trouva rien de consistant ou poser ses pieds, c'est pourquoi elle sépara la mer d'avec le ciel et, solitaire, dansa sur les vagues. En dansant, elle se dirigea vers le sud et le vent agite sur son passage devint quelque chose de nouveau et de différent : elle pourrait ainsi faire œuvre de création. Poursuivant son chemin de sa démarche onduleuse, elle s'empara de ce vent du Nord, le frotta entre ses mains et voila qu'apparut le grand serpent Ophion. Eurynomé dansait pour se réchauffer ; elle dansait, sauvage et frénétique, devant Ophion et celui-ci, lentement, envahi par le désir, s'enroula autour de ses membres divins et s'unit à elle. Ainsi le vent du Nord, qu'on appelle aussi Borée, est fécondant, et c'est pourquoi les juments offrent leur croupe au vent et mettent au monde leurs poulains sans l'aide d'aucun étalon1. C'est de la même manière qu'Eurynomé devint mère.
 
b. Ensuite ayant pris la forme d'une colombe, elle couva sur les vagues et, lorsque le moment fut venu, elle pondit l'Œuf Universel. Sur sa demande Ophion s'enroula sept fois autour de cet œuf jusqu'à ce qu'il éclose et se brise. Et de cet œuf sortirent ses enfants, c'est-à-dire tout ce qui existe : le soleil, la lune, les planètes les étoiles, la terre avec ses montagnes, ses rivières, ses arbres, ses plantes et toutes les créatures vivantes.

c. Eurynomé et Ophion choisirent le mont Olympe pour demeure. Mais il l'irrita en proclamant  qu'il était l'auteur de l'univers. Alors elle lui écrasa la tête avec son talon, lui brisa les dents et l'exila dans les sombres cavernes de dessous la terre2.

d. Puis la déesse créa les sept puissances planétaires et les fit gouverner chacune par un Titan et une Titanide ; Théa et Hypérion régnaient sur le Soleil ; Phoebe et Atlas sur la Lune ; Dione et Crios sur la planète Mars ; Métis et Coeos sur la planète Mercure ; Thémis et Eurymédon sur la planète Jupiter ; Téthys et Océans sur Venus ; Rhéa et Cronos sur Saturne3. Mais le premier homme fut  Pélasges, l'ancêtre des Pélasges ; il naquit du sol d'Arcadie et d'autres le suivaient à qui il apprit à faire des huttes, à se nourrir de glands et à coudre des tuniques en peaux de pore pareilles à celles que portent encore les gens pauvres en Eubée et en Phocide4.

 

2. Les mythes homérique et orphique de la Création

a. Certains disent que les dieux et les créatures vivantes sont nés du fleuve Océanos qui entoure le monde et que Téthys est la mère de tous ses enfants5.
 
b. Mais, selon les Orphiques, la Nuit aux ailes noires, déesse que Zeus lui-même redoute6, fut courtisée par le Vent et déposa un œuf d'argent dans le sein de l'Obscurité ; et Eros, que certains nomment Phanès, sortit de cet œuf et mit en marche l'univers. Eros avait des ailes, deux sexes et quatre têtes et parfois sifflait comme un serpent ou bêlait comme un bélier. La Nuit qui le nommait Ericepaios et Protogenos Phaethon, vivait avec lui dans une caverne et se manifestait sous trois aspects : Nuit, Ordre et Justice. Devant cette caverne se tenait assise l'inévitable mère Rhéa ; frappant sur un tambour de bronze elle contraignait l'homme à prêter attention aux oracles de la déesse. Phanès créa la terre, le ciel, le soleil et la lune mais c'était la triple déesse qui gouvernait le monde jusqu'au moment ou son sceptre passa aux mains d'Ouranos.

 

3. Le mythe olympien de la Création

 

   a. Au commencement de toutes choses la Terre-Mère surgit du Chaos, et mit au monde son fils Ouranos tandis qu'elle dormait. Du haut des montagnes, il la regardait tendrement et il fit descendre une pluie fertile sur ses fentes secrètes et elle donna naissance à l'herbe, aux fleurs, aux arbres et à tous les animaux et à tous les oiseaux qui convenaient à chacun. Cette même pluie fit couler les rivières et remplit d'eau tous les creux et c'est ainsi que les lacs et les mers furent crées.

 

b. Ses premiers enfants dont les corps n'étaient qu'à moitié humains furent les géants Briarée aux cent bras, Gygès et Cottos. Puis apparurent les trois terribles Cyclopes à un seul œil, bâtisseurs de murs gigantesques et forgerons, d'abord en Thrace puis en Crète et en Lycie7 ; Odysseus affronta leurs fils en Sicile8. Ils se nommaient Brontès, Stéropès, Argès et leurs fantômes ont élu domicile dans les cavernes situées sous le volcan Etna, depuis le jour ou Apollon les tua pour venger la mort d'Asclépios.

 

c. Les Libyens, cependant, prétendent que Garamas est né avant les géants aux cent bras et que lorsqu'il surgit de la plaine il offrit a la Terre-Mère un sacrifice de glands doux9.

 

4. Deux mythes philosophiques de la Création

a. Certains disent qu'au début était l'Obscurité et que de l'Obscurité naquit le Chaos. De l'union de l'Obscurité et du Chaos naquirent la Nuit, le Jour, l'Érèbe et l'Air. De l'union de la Nuit et de l'Érèbe naquirent le Destin, la Vieillesse, la Mort, le Meurtre, la Continence, le Sommeil, les Rêves, la Discorde, la Souffrance, la Tyrannie, Némésis, la Joie, l'Amitié, la Compassion, les Parques et les Trois Hespérides.

De l'union de l'Air et de la Terre-Mère naquirent la Terreur, l'Habileté, la Colère, la Dissension, les Mensonges, les Meurtres, la Vengeance, l'Intempérance, l'Altercation, le Pacte, l'Oubli, la Peur, la Fierté, le Combat, et aussi Océanos, Métis, et les autres Titans, le Tartare et les Trois Erinyes ou Furies.

De l'union de la Terre et du Tartare naquirent les géants.

b. De l'union de la mer et de ses rivières naquirent les Néréides. Cependant il n'y avait pas encore de mortels, jusqu'au moment ou avec la permission de la déesse Athéna, Prométhée, fils de Japet, les modela a l'image des dieux. Il utilisa de l'argile et de l'eau de Panopée en Phocide et Athéna insuffla la vie en eux10.

 

c. D'autres disent que le Dieu de Toutes Choses, quel qu'il fut, et certains l'appellent Nature, apparut brusquement dans le Chaos, sépara la terre des cieux, l'eau et la terre et l'air supérieur de l'air inferieur. Après avoir démêlé les éléments il les mit en bon ordre, tels qu'ils sont aujourd'hui, et il sépara la terre en régions, certaines chaudes, certaines froides, d'autres tempérées, et il lui façonna des plaines et des montagnes et la vêtit d'herbes et d'arbres. Au-dessus d'elle, il installa le firmament mouvant qu'il constella d'étoiles et assigna leurs directions aux quatre vents. II peupla aussi les eaux de poissons, la terre d'animaux et plaça dans le ciel le soleil, la lune et les cinq planètes. Enfin, il créa l'homme qui, seul de tous les animaux, lève son visage vers le ciel et contemple le soleil, la lune et les étoiles — à moins que Prométhée, fils de Japet, ait fait le corps de l'homme avec de l'eau et de l'argile et que son âme ait été constituée par des éléments divins errants, ayant continué à vivre depuis la Première Création 11.

5. Les cinq âges de l'homme

a. Certains nient que Prométhée ait crée les hommes, ou qu'aucun homme soit ne des dents d'un dragon. Ils disent que la Terre leur donna naissance spontanément, comme les meilleurs de ses fruits, spécialement le sol de l'Attique12, et que Alalcoménée fut le premier homme qui fit son apparition près du lac Copais en Béotie, avant même que la Lune existât. II fut le conseiller de Zeus au moment de sa querelle avec Héra, et le tuteur d'Athéna alors qu'elle était encore jeune fille.
 
b. Ces hommes furent appelés la race d'or ; ils étaient les sujets de Cronos, ils n'avaient aucun souci, Ils vivaient sans travailler et se nourrissaient uniquement de glands, de fruits sauvages et du miel qui coulait des arbres ; ils buvaient le lait des brebis et des chèvres, ne connaissaient pas la vieillesse, dansaient et riaient beaucoup, et la mort pour eux n'était guère plus effrayante que le sommeil. Tous ces hommes maintenant ont disparu, mais leurs esprits ont survécu : ce sont les génies des heureuses grottes rustiques, portant bonheur à qui les rencontre, et défenseurs de la justice.
 
c. Ensuite vint une race d'argent, mangeuse de pain, également créée par des dieux. Les hommes de cette race étaient totalement soumis à leurs mères et n'osaient pas leur désobéir, bien qu'ils vécussent jusqu'a cent ans parfois. Ils étaient querelleurs et ignorants et ne sacrifiaient jamais aux dieux, mais ne se faisaient pas la guerre entre eux. Zeus les extermina tous.
 
d. Ensuite vint une race d'airain qui tombait des frênes comme des fruits murs et qui avait des armes d'airain. Ces hommes se nourrissaient de viande et de pain, ils étaient heureux de faire la guerre, c'était des hommes insolents et sans pitié. La Mort Noire s'est emparée d'eux.
 
e. La quatrième race d'hommes était aussi une race d'airain, mais plus noble et plus généreuse, car ils furent engendrés par des dieux et des femmes mortelles. Ils combattirent glorieusement au siège de Thèbes, au cours de l'expédition des Argonautes et durant la guerre de Troie. Ils devinrent des héros et demeurèrent dans les Champs Elysées.
 
f. La cinquième race est la race de fer, actuelle ; elle est l'indigne descendante de la quatrième race ; elle est constituée d'hommes dégénérés, cruels, injustes, méchants, luxurieux, dépourvus d'amour filial et sans honneur.

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Notes

1. Dans ce système religieux archaïque, il n'y avait jusqu'alors ni dieux ni prêtres, mais seulement une déesse universelle et ses prêtresses, la femme dominant l'homme qui était sa victime apeurée. On n’honorait pas le père car on attribuait la conception au vent, à l'ingestion de haricots ou à un insecte avalé accidentellement ; l'héritage passait par la ligne maternelle et on considérait les serpents comme des incarnations des morts. Eurynomé (« la grande voyageuse ») était le nom de la déesse en tant que lune visible ; son nom sumérien était Iahu (« la colombe d'en haut »), nom qui échut plus tard à Iahvé Créateur.
2. Ophion ou Borée est le serpent démiurge de la mythologie hébraïque et égyptienne — dans l'art méditerranéen primitif, il se trouve toujours auprès de la Déesse. Les Pélasges, nés de la terre, qui semblent s'être réclamés des dents d'Ophion, étaient peut-être, à l'origine, ce peuple à qui l'on doit les peintures de la période néolithique : Ils arrivèrent en Grèce continentale, venant de Palestine, vers 3500 avant J.-C., et les premiers Hellènes — qui étaient les émigrants venus d'Asie Mineure par les Cyclades — les trouvèrent occupant le Péloponnèse sept cents ans plus tard. Mais le mot « Pélasges » en vint à designer peu à peu tous les habitants préhelléniques, en général, de la Grèce. Strabon écrit dans le même passage que ceux qui vivaient près d'Athènes étaient connus sous le nom de Pélargi (« cigognes »). La cigogne était peut-être leur oiseau totémique.
3. Les Titans (« seigneurs») et les Titanides avaient leurs répliques dans l'astrologie babylonienne et palestinienne où ils étaient les divinités gouvernant les sept jours de la semaine sacrée régie par les planètes ; Ils ont peut-être été introduits par la colonie canaanite ou hittite qui s'établit dans l'isthme de Corinthe au début du second millénaire avant J.-C. ou même par les premiers Hellènes. Mais lorsque le culte du Titan fut aboli en Grèce et que la semaine de sept jours cessa de figurer dans le calendrier officiel, certains auteurs augmentèrent leur nombre : Ils devinrent douze, afin probablement qu'ils correspondissent aux douze signes du Zodiaque. Dans la mythologie babylonienne les maîtres des planètes de la semaine, c'est-à-dire Samas, Sin, Nergal, Bel, Beltis et Ninibe étaient tous mâles à l'exception de Beltis, la déesse de l'Amour ; mais dans la semaine germanique, que les Celtes empruntèrent à la Méditerranée orientale, Dimanche, Mardi et Vendredi étaient gouvernés par des Titanides par opposition aux Titans qui gouvernaient les autres jours ; lorsque ce système arriva en Grèce pour la première fois, venant de Palestine, on décida d'adjoindre une Titanide à chaque Titan et d'en faire des couples, comme on l’avait fait pour les fils et les filles d'Eole, ainsi que dans le mythe de Niobé, afin de sauvegarder les intérêts de la déesse. Mais les quatorze ne tardèrent pas à devenir un groupe hétéroclite de sept. Les puissances planétaires étaient les suivantes : le Soleil, pour l'inspiration ; la Lune, pour la magie ; Mars, pour la croissance ; Mercure, pour la sagesse ; Jupiter, pour la loi ; Venus, pour l'amour ; Saturne, pour la paix. Les astrologues de la Grèce classique adoptèrent le principe des Babyloniens et attribuèrent les planètes à Hélios. Sémélé, Ares, Hermès (ou Apollon), Zeus, Aphrodite, Cronos — dont les équivalents latins mentionnés ci-dessous sont encore utilisés pour designer les jours de la semaine en français, en italien et en espagnol.
4. Finalement, en termes de mythologie, Zeus avala les Titans y compris lui-même sous sa forme primitive — les Juifs de Jérusalem en effet adoraient un dieu transcendant constitue de toutes les puissances planétaires de la semaine : le chandelier à sept branches et les sept piliers de la sagesse sont des symboles de cette théorie. Les sept colonnes planétaires érigées près du tombeau du Cheval à Sparte étaient décorées dit, Pausanias, selon les coutumes d'autrefois et il est possible qu'elles soient en rapport avec les rites égyptiens qu'avaient introduits les Pélasges. Les Juifs empruntèrent-ils cette théorie aux Egyptiens ou les Egyptiens aux Juifs ? Il est difficile de se prononcer à ce sujet. Mais en tout cas, le Zeus héliopolitain, qu'étudie A. B. Cook dans son Zeus, était un personnage égyptien et sa cuirasse était décorée sur le devant, des sept puissances planétaires représentées à mi-corps ; généralement aussi dans le dos figuraient les autres dieux de l'Olympe. On a découvert une statuette en bronze de ce dieu à Tortosa en Espagne et une autre a Byblos en Phénicie ; et on peut voir sur une stèle en marbre à Marseille six bustes des puissances planétaires et un Hermès en pied — ce dernier semble également plus important que les autres dans les statuettes — probablement parce qu'il était l'inventeur de l'astronomie. A Rome, Quintus Valerius Soranus déclarait de même que Jupiter était un Dieu transcendant bien que la semaine ne fut pas la même que celle de Marseille, de Byblos et (probablement) de Tortosa. Mais on empêcha toujours les puissances planétaires d'influencer le culte officiel de l'Olympe car elles étaient considérées comme non grecques, et par conséquent inconciliables avec le patriotisme. Aristophane fait dire à Trygalos que la Lune et « ce vieux bandit de Soleil» organisent un complot pour trahir la Grèce et la faire tomber aux mains des Perses barbares.
5. Le mythe d'Homère est une version de la légende de la Création pélasgienne puisque Téthys régnait sur la mer comme Eurynomé et qu'Océanos entourait l'univers comme Ophion.
6. Le mythe orphique est une autre version — celle-ci influences par une doctrine mystique tardive de l'amour (Éros) et des théories au sujet des rapports entre les sexes — l'œuf d'argent de la Nuit signifie la Lune, l'argent étant le métal de la Lune. Comme Ericépaios (« qui se nourrit de bruyère ») le dieu de l'amour Phanès (« qui révèle ») est une abeille céleste au bourdonnement très bruyant, fils de la Grande Déesse. La ruche que l'on avait observée était considérée comme la république idéale et elle confirmait le mythe de l'Age d'Or au cours duquel le miel coulait des arbres. On faisait résonner le tambour d'airain de Rhéa pour empêcher les abeilles d'essaimer à de mauvais endroits et pour écarter les influences néfastes de la même façon qu'on utilisait les punisseurs dans les Mystères. Comme Phaethon Protoegenos (« le premier à faire brûler »), Phanès est le soleil dont les Orphiques firent le symbole de ('illumination et ses quatre têtes correspondent aux quatre animaux symboliques des quatre saisons. Selon Macrobe, l'oracle de Colophon identifiait ce Phanès avec le dieu transcendant Iao : Zeus (bélier), le Printemps ; Hélios (lion), l'Été ; Hadès (serpent), l’Hiver ; Dionysos (taureau), la Nouvelle Année. Le sceptre de la Nuit passa à Ouranos avec l'arrivée du système patriarcal.
7. Le mythe patriarcal d'Ouranos fut officiellement accepté par le système religieux olympien. Ouranos, dont le nom signifiait « le ciel », semble avoir acquis sa situation de Père Originel par identification avec le dieu berger Varuna, l'un des trois membres de la trinité male aryenne ; mais son nom grec est une forme masculine de Ur-Ana (« reine des montagnes », « reine de l'été », « reine des vents » ou « reine des bœufs sauvages ») — la déesse sous son aspect orgiaque de la mi-été. Le manage d'Ouranos avec la Terre-Mère rappelle une invasion très ancienne d'Hellènes en Grèce du Nord, ce qui permit au peuple de Varuna de déclarer qu'Il avait donné naissance aux tribus indigènes trouvées sur les lieux, tout en reconnaissant qu'il était fils de la Terre-Mère. Apollodore rapporte une variante de ce mythe : la Terre et le ciel qui s'étaient séparés à la suite d'un combat mortel s'étaient ensuite réunis dans l'amour. Euripide y fait allusion ainsi que Apollonios de Rhodes. Le combat mortel se rapporte probablement à l'opposition des deux systèmes, patriarcal et matriarcal, qu'avaient déclenchée les invasions helléniques. Gygès (« né de la terre ») comporte une autre forme, gigas (« géant >>), et les Géants sont associés, en mythologie, avec les montagnes de la Grèce septentrionale. Briarée (« fort ») s'appelait aussi Aegacon, et son peuple était donc peut-être les Libyo-Thraces ; leur déesse-Chèvre Aeegis donna son nom à la mer Egée. Cottos était l'ancêtre éponyme (qui donne son nom) des Cottiens qui adoraient l'orgiaque Cotytto et il répandit son culte de Thrace en Europe septentrional. On dit de ces tribus qu'elles avaient « cent bras » peut-être parce que les prêtresses étaient au nombre de cinquante dans chaque collège, comme les Danaïdes et les Néréides ; peut-être aussi parce que les hommes se groupement en bandes de cent guerriers comme chez les premiers Romains.
8. Les Cyclopes semblent avoir été une corporation de forgerons du bronze de l'Hellade primitive. Cyclops signifie « œil cercle » et on leur tatouait probablement des cercles sur le front en l'honneur du soleil, source des feux de leurs fourneaux ; les Thraces continuèrent à se tatouer de la même façon jusqu'à la période classique. Les cercles concentriques constituent une partie des mystères des forgerons : pour forger des coupes, des casques ou des masques rituels, le forgeron se servait des cercles pour le guider dans son travail. Ces cercles étaient faits par un compos pique dans le centre du disque plat sur lequel il travaillait. Les Cyclopes avaient aussi un œil unique pour montrer que le forgeron se protège souvent un œil contre les étincelles. Plus tard, on oublia ce qu'ils étaient et les mythographes placèrent de façon fantaisiste leurs fantômes dans les cavernes de l’Etna pour expliquer le feu et la fumée qui sortaient du cratère. Il existait une relation étroite entre les civilisations de Thrace, de Crète et de Lycie ; les Cyclopes devaient avoir habite tous ces pays. La civilisation primitive helladique se répandit aussi en Sicile, mais il est très possible (comme l'a indiqué pour la première fois Samuel Butler) que l'Odyssée, qui est d'origine sicilienne, fournisse une explication de la présence des Cyclopes, Les noms de Brontès, Stéropés et Argès (« tonnerre, éclair, éclat ») sont des inventions tardives.
9. Garamas est l'ancêtre éponyme des Libyens Garamantes qui occupaient l’oasis de Djabo au sud de Fezzan et dont le général romain Balbus en I'an 19 avant J.-C. avait fait la conquête. On dit qu'ils étaient de race cushite-berbère, et qu'au IIe siècle avant J.-C. Us furent soumis par les berbères Lenta qui suivaient le système de la lignée maternelle. Par la suite ils s'incorporèrent aux nègres aborigènes de la rive sud du haut Niger et adoptèrent leur langue. II n'en existe plus aujourd'hui que dans un seul village, ce sont les Koromantse. Garamante vient des mots gara, man et te, qui signifient les peuples du pays de « Gara ». Gara semble être la déesse Ker ou Q're ou Car, qui donna son nom aux Cariens entre autres, et qui était associée à l'apiculture. Les glands comestibles, qui étaient l'aliment principal de l'ancien monde avant l'introduction du blé poussaient en Libye ; et la colonie garamante d'Amon se joignit à la colonie grecque septentrionale de Dodone pour former une ligue religieuse qui, selon Sir Flinders Petrie, était peut-être née au IIIe millénaire avant J.-C. Ces deux villes possédaient un oracle du chêne très ancien. Hérodote décrit les Garamantes comme un peuple très paisible mais très puissant qui se livrait à la culture du palmier, du blé et qui élevait des troupeaux.
10. Dans la Théogonie d'Hésiode — sur laquelle repose le premier de ces mythes philosophiques — la série des diverses abstractions est assez confuse à cause des Néréides, des Titans et des Géants qu'Hésiode s'est senti obligé d'y inclure. A la fois les Trois Parques et les Trois Hespérides sont la triple déesse-Lune sous son aspect de mort.
11. Le deuxième mythe qu'on ne trouve que chez Ovide a été emprunté plus tard par les Grecs à l'épopée babylonienne de Gilgamesh dont le début rapporte la création que fait la déesse Aruru du premier homme, Eabani, à l'aide d'un morceau d'argile ; mais bien que Zeus ait été le dieu universel pendant de nombreux siècles, les mythographes furent contraints d'admettre que le Créateur de toutes choses pouvait peut-être avoir été une femme, la Créatrice. Les Juifs héritiers du mythe de la Création Pélasge ou canaanite se sont trouvés aux prises avec la même difficulté. Dans les récits de la Genèse, un « esprit du Seigneur », féminin, couve sur la face des eaux mais ne pond pas l'œuf du monde ; et Eve, « la mère de tous les vivants », reçoit l'ordre d'écraser la tête du serpent qui n'est cependant pas destiné à être précipité dans l'abime jusqu'a la fin du monde.
12. Les philosophes grecs distinguaient l'homme prométhéen des créatures imparfaites nées de la terre, dont Zeus détruisit une partie, et dont le restant fut englouti par le Déluge de Deucalion. On trouve cette même distinction dans la Genèse VI. 2-4, entre les « fils de Dieu » et les « filles des Hommes » qu'ils épousèrent.
14. Les tablettes de Gilgamesh sont tardives et équivoques ; d'après celles-ci, c'est « la Mère Lumineuse du Vide » qui a crée toute chose — « Aruru » n'est qu'un des nombreux noms de cette déesse — et le thème principal est constitué par une révolte contre l'organisation matriarcale par les dieux du nouveau système patriarcal ; Marduk, le dieu babylonien de la cité, est finalement vainqueur de la déesse en la personne de Tiamat — le serpent de mer — et il déclare alors impudemment que c'est lui et personne d'autre, qui a crée les plantes, la terre, les fleurs, les animaux, les oiseaux et les hommes. Ce Marduk était un petit dieu arrogant, et de dieu Bel avait antérieurement prétendu, comme lui, avoir vaincu Tiamat et avoir crée le monde. Bel est une forme masculine de Belili, la déesse-mère sumérienne. Le passage du système matriarcal au système patriarcal semble s'être opéré, en Mésopotamie comme ailleurs, par la révolte du prince consort de la reine a qui elle avait conféré le pouvoir exécutif en lui permettant d'adopter son nom ainsi que ses vêtements et ses objets sacrés.
12. Bien que le mythe de l'Age d'Or provienne en fin de compte d'une tradition relatant la soumission tribale a la déesse-Abeille, la cruauté de son règne à la période préagricole avait été complètement oubliée au temps d'Hésiode, et tout ce qui en subsistait, c'était une conception idéaliste d'après laquelle les hommes auraient vécu un jour tons ensemble dans une parfaite harmonie, comme les abeilles. Hésiode était un modeste agriculteur et sa vie difficile l'avait rendu morose et pessimiste. Le mythe de la race d’argent rappelle aussi certaines coutumes matriarcales — comme celles qui subsistaient encore à la période classique chez les Picts, les Moesynoechiens de la mer Noire, et dans quelques tribus des Baléares, de la Galicie et du golfe des Syrtes — et selon lesquelles les hommes étaient encore méprisés bien que l'agriculture eut fait son apparition et que les guerres fussent rares. Le métal de la deesse-Lune est I'argent. La troisième race, ce sont les envahisseurs helléniques primitifs : des bergers de l'Age du Bronze qui adoptèrent le culte du frêne de la Déesse et de son fils Poséidon. La quatrième race était celle des rois guerriers de l'Age Mycénien, la cinquième celle des Doriens du XIIe siècle avant J.-C. qui utilisaient des armes en fer et détruisirent la civilisation mycénienne.
Alalcomeneos (gardien) est un personnage imaginaire ; c'est la forme masculine d'Alalcomeneïs, un des noms d'Athéna, gardienne de la Béotie. Il obéit au dogme patriarcal selon lequel aucune femme, fut-ce une déesse, ne peut parvenir à la sagesse sans l’enseignement d’un homme et selon lequel la déesse-Lune et la Lune elle-même étaient des créations récentes de Zeus.

 

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