Antonio Pollaiolo - Hercules and Antaeus 1480 Héraclès  

 

 
 

 

 

 


Naissance et biographie

      

Un jour, pris de pitié pour les maux qu'enduraient les malheureux mortels, Zeus, le père tout-puissant, voulut créer un puissant héros qui écartera les maux des hommes. Il descendit, une nuit, dans la ville de Thèbes. Là, dans un palais magnifique, habitait une reine, Alcmène, qui surpassait toutes les femmes au sein fécond, par la beauté de son regard et la noble grandeur de sa haute stature. Son royal époux, Amphitryon était alors à la guerre. Pour arriver à s'approcher d'Alcmène, sans éveiller aucun soupçon, le roi des Immortels emprunta les traits d'Amphitryon lui-même, et se présenta comme le maître au portier du palais. Croyant revoir leur chef, les serviteurs autour de lui s'empressèrent et l'introduisirent auprès de son épouse. Sans reconnaître Zeus, pendant qu'une pluie d'or tombait sur la cité, Alcmène conçut du maître de l'Olympe le puissantHércule - François Le Moyne Héraclès. Mais, des que l'enfant naquit, ce nouveau fils de Zeus attira sur lui la jalousie d'Héra. A peine, en effet, était-il sorti du sein fécond de sa mère, que la reine des Dieux, durant une nuit sombre, envoya deux serpents dans le palais où tout était plongé, comme Héraclès, dans un profond sommeil. Pénétrant par la porte entrouverte, ces deux horribles reptiles se glissèrent, l'œil en feu, jusque dans le bouclier qui servait de berceau au divin nouveau-né. Déjà les deux monstres en sifflant, piquaient comme une aiguille leurs dards empoisonnés sur les joues de l'enfant et s'apprêtaient à l'étouffer, quand Héraclès, se réveillant tout à coup, saisit de chaque main, comme en une tenaille, ces deux affreux serpents, et serra avec tant de vigueur leur gorge enflée de venin qu'il les étrangla l'un et l'autre à la fois. Tel fut le premier exploit de ce héros au courage invincible.

  Considéré comme le fils d'Amphitryon, cet enfant de Zeus et d'Alcmène croissait, grâce aux soins de sa mère, tel un jeune arbre dans un riant verger. Mais Zeus, du haut de l'Olympe sacré, veillait aussi sur lui, comme un père attentif. II voulut, un jour, en le faisant allaiter par une grande Déesse, lui conférer le don de l'immortalité et la vigueur indéfectible des Dieux ; Dans ce but, il envoya Hermès chercher le nourrisson. Quand revint le divin messager, Zeus prit cet enfant et l'approcha du sein d'Héra qui dormait. Le nouveau-né téta abondamment. Une fois rassasie, il se détourna et sourit à son père. Mais il avait si fortement aspiré et sucé, que le lait de la Déesse continua de couler. Les blanches gouttes qui tombèrent dans le ciel formèrent la Voie Lactée, et celles qui parvinrent sur le sol de la terre donnèrent naissance aux grandes fleurs de lys.

Dès qu'il atteignit l'âge opportun, sa mère lui donna une éducation remarquable. Linos, fils du bel Apollon, lui apprit la science des Lettres. Eumolpos l'instruisit à bien poser sa voix et à chanter en conduisant ses doigts sur les cordes sonores d'une lyre harmonieuse. Eurytos, enfin, lui enseigna l'art de tendre habilement un arc, et de diriger vers un but une flèche assurée. Ce fut au cours de cette formation magnifique que le puissant Héraclès, d'un naturel violent et généreux, se rendit coupable, pour la première fois, d'un meurtre involontaire. Un jour, raconte-t-on, son maître de Lettres, Linos, pour éprouver la sagesse de son jeune disciple, lui donna à choisir dans un tas de volumes un livre préféré. Héraclès, qui était né gourmand, gros mangeur et de vaste appétit, et qui devait plus tard sans incommodité avaler a lui seul un bœuf tout entier, choisit un traité intitule le Parfait Cuisinier. Outre d'un tel choix, Linos alors éclata en véhéments reproches contre le gout effréné de nourriture qui tourmentait son élève, et il alia jusqu'à le menacer. Se croyant en état de légitime défense, et subitement en proie à une violente colère, Héraclès ramassa le premier objet qui lui tomba sous la main, une cithare, et tua son maître en lui brisant cet instrument sur la tête. Pour le punir de ce meurtre, Amphitryon envoya vivre Héraclès au milieu des bergers qui gardaient, sur de hautes montagnes, ses riches et gras troupeaux. Là, les exercices de la chasse développèrent son corps adolescent et communiquèrent à ses membres assouplis une force prodigieuse. A dix-huit ans, il tua un lion qui dévastait la contrée. Comme il revenait de sa glorieuse chasse, Héraclès rencontra des hérauts qui, venant d'Orchomène, se rendaient réclamer aux Thébains, pour un antique délit, un tribut de cent bœufs. Sans hésiter, le fils d'Alcmène les attaqua. II leur coupa le nez et les oreilles, leur attacha les mains derrière le dos et les renvoya dans leur pays en leur disant que c'était là le paiement du tribut. A cette nouvelle, le roi d'Orchomène, Erginos, leva une armée et marcha contre Thèbes. Mais Héraclès, revêtu d'une armure qu'il avait reçue d'Athéna, se mit à la tête d'un groupe ardent de guerriers. En détournant le cours d'un fleuve, il noya dans une plaine la cavalerie ennemie, poursuivit Erginos et l'abattit à coups de flèches. Pour récompenser l'artisan de cette grande BANDINELLI Baccio ; Hercules et Cacus - 1525-34victoire, le roi de Thèbes accorda au héros la main de Mégara, sa propre fille.

De cette union plusieurs enfants naquirent. Ils moururent tous et prématurément des coups que leur portèrent les propres mains paternelles. Dans un accès de folie, en effet, Héraclès les fit périr avec leur mère en les perçant de ses flèches. Après s'être souillé du sang de ses enfants, Héraclès s'en repentit ; il se rendit à Delphes consulter Apollon et lui demander ce qu'il fallait qu'il fit pour arriver à se purifier de ce crime. L'oracle lui ordonna de se rendre à Tirynthe, et de s'y mettre, pendant douze ans, au service du roi Eurysthée. Héraclès obéit. Mais, quand Eurysthée, prince faible et peureux, vit accéder chez lui ce héros magnifique, il trembla à l'idée d'être un jour dépossédé du pouvoir par ce vaillant demi-dieu. Pour se défaire de cet importun survenant, et dans l'espoir qu'il y succomberait, Eurysthée successivement imposa au courageux fils d'Alcmène les taches les plus difficiles qu'il put imaginer. Héraclès sortit vainqueur de toutes ces épreuves, et les hauts faits qu'il accomplit alors, sont appelés les douze travaux d'Héraclès.

Après avoir, dit-on, mis huit ans et un mois à exécuter les douze travaux qu'Eurysthée lui avait imposés, Héraclès fut affranchi de la servitude à laquelle il s'était condamné. Cet illustre guerrier se remit de nouveau à parcourir le monde, non plus cette fois pour combattre des monstres, mais pour lutter contre l'injustice des hommes. Partout où il allait, il châtiait les brigands, et prêtait l'appui généreux et toujours victorieux de son bras aux peuples opprimés par d'iniques voisins. II se rendit un jour chez un illustre archer, Eurytos, qui avait, dit-on, offert sa fille, Lola, comme prix de victoire, à quiconque serait plus habile que lui dans l'art de tendre un arc et de diriger une flèche vers un but. Héraclès accepta le défi et sortit triomphant. Mais, quand il réclama le prix de son adresse, on le lui refusa. Le héros courroucé s'éloigna. A quelque temps de là, un des enfants de cet habile mais déloyal archer, Iphitos, vint demander au fils d'Alcmène de lui prêter secours pour récupérer un troupeau de bœufs qu'on lui avait dérobé. Pris soudain d'un accès de fureur, et se souvenant de l'injure que lui avait faite Eurytos, Héraclès saisit cet infortune suppliant, et le précipita du haut des murs de Tirynthe. A la suite de ce meurtre, Héraclès reprit la route de Delphes pour s'y faire purifier. Le dieu le condamna à se remettre en servitude pour un an, et à donner à Eurytos, comme prix du sang versé, le montant du salaire qu'il pourrait gagner. Héraclès alors s'embarqua pour l'Asie. Hermès se chargea de le vendre, et le héros fut acheté par Omphale.

Les douze travaux

Un des premiers travaux qu'imposa à son nouvel esclave cette reine somptueuse de Lydie fut de débarrasser la contrée sur laquelle elle régnait des brigands qui l'infestaient. Le fils d'Alcmène les extermina tous. Emerveillée du courage et de l'audace de ce vigoureux serviteur, Omphale en devint éperdument amoureuse. Héraclès lui-même se laissa prendre dans le filet de l'amour, et désormais le héros et la reine s'abandonnèrent à une vie de délices. Renonçant à tout nouvel exploit et déchu de son héroïsme natif, Héraclès en vint à se parer comme une femme lydienne. Des colliers d'or brillèrent autour du cou de celui pour lequel le ciel avait été un si léger fardeau ; des pierreries étincelèrent aux doigts nerveux qui avaient étranglé le lion de Némée. Bien plus, on vit un jour Omphale, revêtue de la glorieuse dépouille de ce redoutable animal, porter la massue d'Héraclès et commander au héros de s'asseoir à ses pieds, et de filer la laine ! Enfin, lasse de tant de déchéances, le fils d'Alcmène, un jour, demanda à Omphale, et obtint de son amour, d'être rendu à sa vraie liberté. Le héros se retira alors dans la montagneuse Etolie. Or, cette contrée était, en ce temps-la, gouvernée par un roi, OEnée, qui avait une fille appelée Déjanire. Frappé de son allure intrépide, de son adresse à tirer de l'arc et à conduire les chars retentissants de la guerre, Héraclès demanda cette vierge en mariage. Mais un dangereux rival, Achéloos, depuis longtemps briguait aussi sa main. Déjanire pourtant tremblait à la pensée de recevoir pour époux un prétendant qui l'effrayait par le don qu'il avait de se transformer, tantôt en taureau, tantôt en serpent et tantôt en homme dont la tête, surmontée de deux cornes, épanchait par la bouche une source d'onde claire. Aussi, quand la fille d'Œnée sut qu'Héraclès la demandait pour femme, elle accueillit ce choix comme une délivrance. Mais Achéloos ne céda pas sa place de bon gré, et une lutte s'engagea entre les deux prétendants. Pour épouvanter Héraclès, Achéloos se métamorphosa en taureau mugissant. Accoutumé à combattre et à terrasser des fauves, le fils d'Alcmène s'élança sur ce monstre et lui brisa d'un coup une de ses longues cornes. Achéloos s'avoua vaincu, et Déjanire épousa Héraclès. Après leur mariage, les deux époux partirent pour une ville lointaine. En cours de route, ils arrivèrent au bord d'un large fleuve dont le courant, grossi par la fonte des neiges, en rendait périlleux le passage. Là, moyennant redevance, le centaure Nessos chargeait sur ses épaules et transportait sur l'autre rive les voyageurs qui avaient à traverser les ondes. Le courageux Héraclès résolut de passer à la nage, et Déjanire seule, monta comme à cheval sur le dos du Centaure. Mais, pendant qu'il galopait en laissant derrière lui un sillage d'écume, Nessos, se souvenant d'une injure que jadis avait faite Héraclès aux Centaures, se décida à en tirer vengeance. Au lieu d'aborder sur la rive opposée, le Centaure se mit à remonter le fleuve. A toute allure il emportait Déjanire. Héraclès alors banda son arc, et, au moment ou Nessos se disposait à regagner la berge et à détaler dans les terres, il le perça d'une flèche empoisonnée. Nessos, se sentant mourir, et voulant malgré tout assouvir sa vengeance, conseilla à Déjanire de recueillir son sang qui avait, disait-il, une vertu magique :

— Si ton époux, ajouta-t-il, cesse un jour de t'aimer, il te suffira, pour reconquérir son amour, de lui donner à porter une tunique que tu devras, au préalable, faire tremper dans le sang que répandit ma blessure.

Quelque temps après, comme Héraclès revenait d'une glorieuse expédition, il envoya demander à sa femme une tunique de fête, car il voulait, disait-il, offrir à Zeus un brillant sacrifice. Déjanire, s'imaginant que son époux aimait une autre femme, prise de jalousie, et croyant ainsi se délivrer de sa rivale, trempa une blanche tunique dans le sang du Centaure, et la remit au messager qui venait la chercher. Héraclès, s'étant misHércule par Pierre Puget - 1661-2 en demeure d'offrir son sacrifice, s'en revêtit. Mais à peine l'avait-il endossée que le venin de l'hydre, qu'avaient inoculé dans le sang de Nessos les flèches du héros, pénétra dans sa chair et fit courir comme un feu dévorant à travers tout son corps. Eperdu de douleurs, il voulut arracher cette brulante tunique, mais elle restait collée à tous ses membres, et les morceaux qu'il en détachait emportaient avec eux des lambeaux de sa chair. Sentant, avec le feu qui rongeait la moelle de ses os, sa dernière heure arriver, le fils d'Alcmène, pareil au tigre qui porte un javelot attaché à son flanc, gravit en hurlant les pentes de l'Oeta. De sa puissante main, il déracina des chênes et des pins, et les entassa au sommet de la montagne. Ce dernier travail achevé, Héraclès monta sur cet énorme bucher. Bientôt après, des flots de fumée avec de longues flammes allumèrent dans le ciel un immense incendie. Le corps du héros allait être consumé quand on vit, environné de tonnerres et d'éclairs, un nuage doré descendre sur la terre. Il en sortit un char et quatre blancs coursiers. Héraclès, purifié par le feu, y monta, et la nuée lumineuse, enveloppant le char, disparut dans l'Olympe. Introduit au sein des joies parfaites et d'un calme repos, Héraclès habita désormais dans la maison des Dieux ; et, pour récompenser sa vie laborieuse, Héra lui offrit en manage sa propre fille, Hébé, ou la Jeunesse éternelle.

Héraclès, qui s'était tant de fois attaqué à tant de monstres divers qu'il avait terrasses, devait être représenté, comme il l'a été, avec un corps d'athlète arrive au plus haut point de son développement musculaire. Très souvent il était figure debout, portant au bras la peau du lion de Némée, et appuyant son aisselle sur sa noueuse massue. Sa lourde tête inclinée avait une expression de tristesse résignée et de remords pensifs, qui contrastait étrangement avec la saisissante évocation de vigueur et de force, qu'était la puissante et saillante musculature de son torse. Très souvent aussi, peintres et sculpteurs se complurent a montrer le plus grand des héros dans l'accomplissement de ses nombreux exploits, ou à l'imaginer filant aux pieds d'Omphale, ou tournant le rouet.

Le peuplier blanc lui était consacré.

 

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