L'enfer grecque

 

 

 

 

Les Enfers (l’Erèbe - Enfer des méchants - Le Tartare - Les Champs-Élysées) ; les fleuves (Le Styx, l’Achéron, le Cocyte, le Phlégéthon) ; Hadès ; Perséphone ; Charon ; Cerbère ; Les Juges des Enfers (RhadamantheÉaqueMinos) ; Les Furies et les Némésis (TisiphoneMégèreAlecton) ;  Supplices des grands criminels (Tityus TantaleSisypheIxion) ; Le Léthé

 

Les Enfers

Les Enfers sont les lieux souterrains où descendent les âmes après la mort pour y être jugées. “ Toutes les routes conduisent aux Enfers ”, a dit un poète de l'antiquité, c'est-à-dire à la mort et au jugement qui doit la suivre. Ces lieux souterrains, situés à une profondeur incommensurable, s'étendaient jusqu'aux extrêmes confins du monde alors connu ; ils étaient circonscrits et bornés par le royaume de la Nuit. Leur entrée se trouvait dans les antres voisins du cap Ténare, au sud du Péloponnèse ; les Romains en supposaient d'autres plus rapprochés d'eux : par exemple, les gouffres du lac Averne, les grottes voisines de Cumes.

La carte géographique des Enfers telle que l'antiquité l'imaginait dans son ensemble. On y distinguait quatre régions principales : La plus voisine de la terre, était l’Érèbe ; au-delà se trouvait l'Enfer des méchants ; dans la troisième région était le Tartare, et la quatrième comprenait les Champs-Élysées.

A – Dans l'Erèbe, on voyait le palais de la Nuit, celui du Sommeil et des Songes : c'était le séjour de Cerbère, des Furies et de la Mort. C'est là qu'erraient pendant cent ans les ombres infortunées dont les corps n'avaient pas reçu de sépulture ; et, lorsqu’Ulysse évoqua les morts, ceux qui lui apparurent, dit Homère, ne sortirent que de l'Érèbe.

B - L'Enfer des méchants était le lieu redoutable de toutes les expiations : c'est là que le crime subissait son juste châtiment, là que le remords rongeait ses victimes, là enfin que se faisaient entendre les lamentations et les cris aigus de la douleur. On y voyait tous les genres de torture. Cette région affreuse, dont les plaines n'étaient qu'aridité, les montagnes que roches et escarpements, renfermait des étangs glacés et des lacs de soufre et de poix bouillante, où les âmes étaient successivement plongées, et subissaient tour à tour les épreuves d'un froid ou d'une chaleur extrêmes. Elle était entourée de marécages bourbeux et fétides, de fleuves aux eaux croupissantes ou embrasées formant une barrière infranchissable, et ne laissant aux âmes aucun espoir de fuite, de consolation, ni de secours.

C - Le Tartare proprement dit venait après cet Enfer : c'était la prison des dieux. Environné d'un triple mur d'airain, il soutenait les vastes fondements de la terre et des mers. Sa profondeur l'éloignait autant de la surface de la terre que celle-ci était éloignée du ciel. C'est là qu'étaient renfermés les Titans, les Géants et les dieux anciens chassés de l'Olympe par les dieux régnants et victorieux ; c'est là aussi que se trouvait le palais du roi des Enfers.

D - Les Champs-Élysées formaient le séjour heureux des âmes vertueuses : il y régnait un éternel printemps ; la terre toujours riante se couvrait sans cesse de verdure, de feuillage, de fleurs et de fruits. À l'ombre des bosquets embaumés, des bois, des massifs de rosiers et de myrtes égayés par le chant et le ramage des oiseaux, arrosés par les eaux du Léthé au doux murmure, les âmes fortunées goûtaient le plus délicieux repos, et jouissaient d'une jeunesse perpétuelle, sans inquiétude et sans douleur. Étendus sur des lits d'asphodèle, plante au pâle feuillage, ou mollement assis sur le frais gazon, les héros se contaient mutuellement leurs exploits, ou écoutaient les poètes célébrer leur nom dans des vers d'une ravissante harmonie. Enfin, dans les Champs-Élysées, on avait réuni tous les charmes et les plaisirs, comme on avait accumulé dans l'Enfer des coupables toutes les sortes de tourment.

Devant le vestibule des Enfers, dans l'étroit passage qui conduit au sombre séjour, habitent des spectres effrayants. C'est là que la Douleur, le Deuil, les cuisants Remords, les pâles Maladies, la triste Vieillesse, la Terreur, la Famine, mauvaise conseillère, la honteuse Indigence, la Fatigue, l’Épuisement, la Mort ont élu domicile. Là aussi, on peut voir le Sommeil, frère de la Mort, les Joies coupables et en face d'elles la Guerre meurtrière, les cages de fer des Euménides et l'aveugle Discorde dont la chevelure de serpents est enlacée de bandelettes ensanglantées. Au milieu du vestibule s'élève un orme touffu, de grandeur immense, où demeurent les Songes chimériques : on les voit qui adhèrent sous toutes les feuilles. En ce lieu se trouvent encore beaucoup d'autres spectres monstrueux de toute espèce et de toute conformation : ils représentent des centaures, des êtres hybrides, des géants aux cent bras, l'Hydre de Lerne, une Chimère qui vomit des flammes et poussent d'horribles sifflements, des Gorgones, des Harpyes, des hommes composés de trois corps réunis en un seul. C'est par cet épouvantable sentier qu'arrivent les ombres, et de là elles s'acheminent vers leurs juges, mais il faut que tout d'abord elles traversent les fleuves infernaux.

 

Les fleuves des Enfers :

Les principaux fleuves des Enfers étaient le Styx, l'Achéron, le Cocyte et le Phlégéton.

A - Styx était la plus respectable des océanides. Pallas, fils de Créius et d'Eurybie, en devint amoureux, et la rendit mère de Zélus, de la Force et de Nicé ou la Victoire. Lorsque Jupiter, pour punir l'orgueil des Titans, appela tous les immortels à son secours, ce fut Styx qui accourut la première avec sa redoutable famille. Le maître des dieux sut reconnaître un tel empressement à le servir. Il admit à sa table les enfants de cette nymphe si dévouée ; et, par la distinction la plus flatteuse, il voulut qu'elle fût le lien sacré des promesses des dieux. Il établit les peines les plus graves contre ceux qui violeraient les serments faits en son nom. Quand Jupiter lui-même jure par le Styx, son serment est irrévocable. La nymphe Styx présidait à une fontaine d'Arcadie dont les eaux silencieuses formaient un ruisseau qui disparaissait sous terre, et par suite allait couler dans les régions infernales. Là, ce ruisseau devenait un fleuve fangeux qui débordait dans d'infectes marécages couverts d'une sombre nuit. Achéron, fils du Soleil et de la Terre, fut changé en fleuve, et précipité dans les Enfers, pour avoir fourni de l'eau aux Titans lorsqu'ils déclarèrent la guerre à Jupiter. Trois petits fleuves de ce nom coulaient en Grèce : en Épire, en Élide, et en Laconie. Celui-ci disparaissait aux environs du cap Ténare, ce qui explique la fable.

B - L'Achéron, comme le Styx, était un fleuve que les ombres passaient sans retour. En grec, son nom exprime la Tristesse et l'Affliction.

C - Le Cocyte, aux Enfers, est un affluent de l'Achéron. C'est sur les bords du Cocyte infernal que les ombres des morts privés de sépulture étaient condamnées à errer pendant cent ans avant de comparaître devant le tribunal suprême et de connaître leur sort définitif. C'était le fleuve des gémissements ; il entourait la région du Tartare, et son cours n'était formé, dit-on, que par les abondantes larmes des méchants. On représentait sur son rivage des ifs, des cyprès et autres arbres au feuillage sombre. Dans son voisinage se trouvait une porte posée sur un seuil et des gonds d'airain, entrée des Enfers.

D - Le Phlégéton, autre affluent de l'Achéron, roulait des torrents de flamme sulfu­reuse. On lui attribuait les qualités les plus nuisibles. Son cours assez long, en sens contraire du Cocyte, entourait la prison des méchants.

Hadès

Hadès, frHadèsère de Zeus, était le troisième fils de Cronos et de Rhéa. Arraché de l'antre de son père qui l'avait dévoré, il se montra reconnaissant d'un tel bienfait et n'hésita pas à seconder son frère contre les Titans. Après la victoire, il obtint en partage le royaume des Enfers. À cause de sa laideur ou de la dureté de ses traits, aucune déesse ne consentit à partager sa couronne. C'est pourquoi il résolut d'enlever Perséphone, et il en fit son épouse.

Son palais est établi au milieu du Tartare. C'est de là qu'il veille, en souverain, à l'administration de ses États, et dicte ses inflexibles lois. Ses sujets, ombres légères et presque toutes misérables, sont aussi nombreux que les vagues de la mer et les étoiles du firmament ; tout ce que la mort moissonne sur la terre retombe sous le sceptre de ce dieu, augmente sa richesse ou devient sa proie. Depuis le jour où il a inauguré son règne, pas un de ses ministres n'a enfreint ses ordres, pas un de ses sujets n'a tenté une rébellion. Des trois dieux souverains qui gouvernent le monde, il est le Gian Lorenzo Bernini dit Le Bernin - L'enlèvement de Proserpine - 1620 - hauteur 295 cmseul qui n'ait jamais à craindre l'insubordination ou la désobéissance, le seul dont l'autorité soit universellement reconnue.

Mais, pour être obéi, il n'en est pas moins haï et redouté. Aussi n'avait-il sur la terre ni temple ni autel, et l'on ne composait point d'hymnes en son honneur. Il fut tellement redouté du peuple que le criminel condamné au supplice lui était d'abord dévoué. Après cet acte religieux, tout citoyen qui rencontrait le coupable pouvait impunément lui ôter la vie.

Leucé était une nymphe qui fut aimée d'Hadès. Elle voulut se soustraire au dieu, mais celui-ci, pour la garder toujours près de lui, la changea en un peuplier argenté qu'il plaça à l'entrée des Enfers. Bien qu'il ne semble pas exister de rapport direct, on désigne également sous le nom d'île de Leucé l'île Blanche, séjour de certains héros après leur mort.

Hadès est ordinairement représenté avec une barbe épaisse et un air sévère. Sou­vent, il porte son casque, présent des Cyclopes, et dont la propriété était de le rendre invisible ; parfois, il a le front ceint d'une couronne d'ébène, ou de capillaire, ou de narcisse. Lorsqu'il est assis sur son trône d'ébène ou de soufre, il tient de la main droite soit un sceptre noir, soit une fourche ou une pique. Quelquefois, il tient des clés dans ses mains, pour exprimer que les portes de la vie sont fermées sans retour à ceux qui parviennent dans son empire.

On le représente aussi dans un char traîné par quatre chevaux noirs et fougueux.

L'attribut qu'on voit le plus souvent auprès de lui, c'est le cyprès, dont le feuillage sombre exprime mélancolie et la douleur. Les prêtres de ce dieu s'en faisaient des couronnes et en parsemaient leurs vêtements dans les sacrifices.

Perséphone ou CoréDéméter et Perséphéni

Fille de Déméter et de Zeus, Perséphone fut enlevée par Hadès, un jour qu'elle cueillait des fleurs, et malgré la résistance opiniâtre de Cyané, sa compagne. Déméter, accablée de chagrin à la perte de sa fille, et revenue de ses longs voyages à travers le monde sans avoir de ses nouvelles, apprit enfin par Aréthuse, ou par la nymphe Cyané, le nom du ravisseur. Indignée, elle demanda que Zeus la fît revenir des Enfers ; ce que le dieu lui accorda, pourvu toutefois qu'elle n'y eût encore rien mangé. Ascalaphe, fils de l'Achéron et officier de Hadès, rapporta qu'il l'avait vue manger six pépins de grenade depuis son entrée dans les sombres demeures. En conséquence, Perséphone fut condamnée à rester dans les Enfers en qualité d'épouse de Hadès et de reine de l'empire des Ombres.

Selon d'autres, Déméter de Zeus que Perséphone passerait six mois de l'année avec sa mère. Dans cette fable, certains mythologues ont cru voir l'emblème de la germination.

Frederic Leighton - retour de  Perséphone 1891On croyait communément que personne ne pouvait mourir sans que Proserpine, par elle-même, ou par le ministère d'Atropos, lui eût coupé un cheveu fatal auquel la vie était attachée.

On lui donnait en grec le nom de Coré, c'est-à-dire “ la jeune fille ”, parce qu'on supposait que la reine de l'empire des Morts ne devait pas avoir d'enfant, ou parce qu'elle n'était encore qu'une adolescente quand elle descendit aux Enfers. Elle eut cependant un fils de Zeus qui se fit aimer d'elle sous la forme d'un serpent. Ce fils, nommé Sabasius, était d'une habileté remarquable, ce fut lui qui sut coudre Bacchus dans la cuisse de son père.

Perséphone et Hadès n'étaient pas toujours et partout considérés comme des divinités infernales. Certains peuples, qui se livraient surtout à l'agriculture, les hono­raient comme les divinités mystérieuses de la fécondation de la terre.

CharonCharon, dans le jugement dernier de Michel-ange dans la chapelle de sixtine

Charon, fils de l’Érèbe et de la Nuit, était un dieu vieillard. Il avait pour fonction de transporter au delà du Styx et de l'Pierre Subleyras - charon transportant les ombres  - 1735-40 - 135 x 83 cm.jpgAchéron les ombres des morts dans une barque étroite, chétive et de couleur funèbre. Il était non seulement vieux, mais avare ; il ne prenait dans sa barque que les ombres de ceux qui avaient reçu la sépulture, et qui lui payaient leur passage. La somme exigée ne pouvait être au-dessous d'une obole ni au-dessus de trois ; aussi avait-on soin de mettre dans la bouche du mort l'argent nécessaire pour payer le passage.

Charon repoussait impitoyablement les ombres de ceux qui avaient été privés de sépulture, et les laissait errer pendant cent ans sur le bord du fleuve où elles tendaient vainement les bras vers l'autre rive.

Nul mortel vivant ne pouvait entrer dans sa barque, à moins qu'un rameau d'or, consacré à Proserpine et détaché d'un arbre fatidique, ne lui servît de sauf-conduit. C'eSpencer Stanhope - Psyche & Charonst ainsi que la Sibylle de Cumes dut en donner un au pieux Énée, lorsqu'il voulut descendre dans les Enfers. On prétend même que Charon avait été puni et exilé pendant un an dans les profondeurs obscures du Tartare pour avoir passé Hercule qui n'était pas muni de ce magnifique et précieux rameau.

Ce nocher des Enfers est représenté comme un vieillard maigre, grand et robuste : ses yeux vifs, son visage majestueux, quoique sévère, ont une empreinte divine. Sa barbe est blanche, longue et touffue ; ses vêtements sont d'une teinte sombre et souillés du noir limon des fleuves infernaux. Il est ordinairement debout dans sa nacelle, et tient à deux mains son aviron.

 

Joachim Patinir - Joachim charon 64 x 103 cm

Cerbère

Cerbère, chien à trois têtes, au cou hérissé de serpents, issu du géant Typhon et du monstre Échidna, était le frère d'Orthus, de la Chimère, du Sphinx, de l'Hydre de Lerne et du Lion de Némée. Ses dents noires, tranchantes, pénétraient jusqu'à la mœlle des os, et injectaient dans leur morsure un poison mortel. Couché dans un antre, sur la rive du Styx, où il était attaché avec des liens de serpents, il gardait la porte des Enfers et du palais d’Hadès. Il caressait les ombres qui entraient, et menaçait de ses aboiements et des trois gueules béantes celles qui voulaient en sortir. Hercule l'enchaîna lorsqu'il retira Alceste des Enfers, et l'arracha du trône de Pluton sous lequel il s'était réfugié.

Orphée endormit Cerbère au son de sa lyre lorsqu'il alla chercher Eurydice ; la Sibylle de Cumes l'endormit aussi avec une pâte assaisonnée de miel et d'opium lorsqu'elle conduisit Enée aux Enfers.

Sur les médailles, les monnaies et les vases antiques, Cerbère accompagne tou­jours Pluton ; mais c'est dans les liens ou entre les mains d'Hercule que les peintres et les sculpteurs l'ont le plus souvent représenté.

 

Les Juges des Enfers

Après avoir reçu les honneurs de la sépulture, et franchi le Styx et l'Achéron, les âmes comparaissent devant leurs juges. Là les princes dépouillés de leur puissance, les riches privés de leurs trésors sont mis au rang des humbles et des pauvres : les coupables ne peuvent compter sur aucun appui, aucune protection ; la calomnie ne peut non plus noircir ni même atteindre les gens de bien. Le tribunal est placé dans un endroit appelé le Champ de la Vérité, parce que ni le mensonge ni la médisance n'en peuvent approcher : d'un côté il aboutit au Tartare, de l'autre aux Champs-Élysées.Gustave Doré, Les trois juges de l'enfer

Les juges sont au nombre de trois : Rhadamanthe, Éaque et Minos. Les deux premiers instruisent la cause, et prononcent ordinairement la sentence ; en cas d'incertitude ou d'indécision, Minos, qui occupe le siège le plus élevé entre les deux autres juges, intervient comme arbitre, et son verdict est sans appel. Peines et récompenses sont proportionnées aux crimes et aux vertus. Il y a des fautes inexpiables qui entraînent des condamnations à perpétuité ; il y a d'autres fautes moins graves qui permettent la délivrance du coupable après expiation.

Si les trois juges des Enfers ont été investis de si importantes fonctions, c'est qu'ils furent sur la terre des modèles d'équité.

A - Rhadamanthe, fils de Jupiter et d'Europe, était frère de Minos. Venu d'abord en Béotie où il épousa Alcmène, veuve d'Amphitryon, il alla ensuite s'établir en Lycie, et partout il acquit la réputation d'un prince juste, mais sévère ; aussi les jugements qu'il rend aux Enfers sont-ils empreints non seulement de justice, mais d'une rigoureuse sévérité. Il est désigné pour juger particulièrement les habitants de l'Afrique et de l'Asie. Ce fut lui qui apprit à Hercule à tirer de l'arc. Il est ordinairement représenté tenant un sceptre et assis sur un trône près de Saturne, à la porte des Champs-Élysées.

B - Éaque, est chargé aux Enfers de juger les Européens. Il est fils de Zeus et d'Égine, naquit dans l'île Oenoné, et dont il fut roi. Héra furieuse de Jalousie, elle résolut de tuer tous les habitants d’Oenoné où il reignait. Elle introduisit un serpent dans une de ses rivières qui souilla les eaux et pondit des milliers d’œufs ; de sorte que les serpents se mirent à grouiller et, traversant les champs, gagnèrent les autres rivières et cours d’eau. Une épaisse obscurité accompagnée d’une chaleur lourde s’abattit sur l’île à laquelle Éaque avait donné le nouveau nom d’Égine et le mauvais vent du sud souffla pendant quatre mois entiers. Les récoltes et les près furent brûlés par la sécheresse et la famine suivit; mais les habitants assoiffés, quand leur vin fut épuisé, ils rampèrent vers les cours d’eau et moururent empoisonnés. Après de plusieurs plaintes à Zeus, celui-ci lui envoya une pluie de fourmis qui une fois touchant le sol devinrent des hommes et appela ses nouveaux sujets les Myrmidons (du grec murmex, fourmi) et leurs descendants se montrèrent à l’instar des fourmis, économes patients et tenaces. Il fut le père de Pélée et le grand-père d'Achille.

C - Minos, frère de Rhadamanthe, et, comme lui, fils de Jupiter et d'Europe, gouverna l'île de Crète avec beaucoup de sagesse et de douceur. Pour donner à ses lois plus d'autorité, il se retirait tous les neuf ans dans un antre, où il prétendait que Zeus les lui dictait. Il fonda en Crète plusieurs villes, entre autres Gnosse et Phestus. Président de la cour infernale, il scrute attentivement la vie des mortels, et soumet toutes leurs actions au plus sévère examen. On le représente avec un sceptre à la main, citant les morts à son tribunal, ou assis au milieu des ombres dont on plaide les causes en sa présence.

 

Les Furies et les Némésis :

Les Furies, c'est-à-dire en grec les Bienveillantes, sont appelées aussi les Érinyes. Ce sont les divinités infernales chargées d'exécuter sur les coupables la sentence des juges. Elles doivent leur nom à la fureur qu'elles inspirent. 

Ministres de la vengeance des dieux, elles ont dû exister dès l'origine du monde : elles sont vieilles comme le crime qu'elles persécutent, comme l'innocence qu'elles s'efforcent de venger. Elles sont les filles de la nuit, selon certains elles sont nées

Les plus connues des Furies, les plus souvent citées par les poètes sont Tisiphone, Mégère etOreste et les Erinyes -  Gustave Moreau - 1891 Alecton.

A - Tisiphone, vêtue d'une robe ensanglantée, est assise, et veille nuit et jour à la porte du Tartare. Dès que l'arrêt est prononcé aux criminels, elle s'arme de son fouet vengeur, les frappe impitoyablement, et insulte à leurs lamentations ; de la main gauche elle leur présente des serpents horribles, et appelle ses barbares sœurs pour la seconder. C'est elle qui, pour punir les mortels, répandait la peste et les fléaux contagieux ; c'est encore elle qui poursuivit Étéocle et Polynice, et fit naître en eux cette haine insurmontable qui survécut même au trépas. Cette furie avait sur le mont Cithéron un temple environné de cyprès, où Œdipe, aveugle et banni, vint chercher un asile.

B - Mégère, sa sœur, a pour mission de semer parmi les hommes les querelles et les disputes. C'est elle aussi qui poursuit les coupables avec le plus d'acharnement.

C - Alecton, la troisième furie, ne laisse aux criminels aucun repos ; elle les tourmente sans relâche. Odieuse à Hadès même, elle ne respire que la vengeance, et il n'est point de forme qu'elle n'emprunte pour trahir ou satisfaire sa rage. Elle est représentée armée de vipères, de torches et de fouets, avec la chevelure entortillée de serpents.

On appelle parfois Érinyes la première des Furies, et son nom est devenu un terme générique employé pour les désigner toutes ensemble. Les Érinyes avaient un temple près de l'Aréopage, à Athènes. Ce temple servait d'asile inviolable aux criminels. C'est là que tous ceux qui comparaissaient devant le tribunal de l'Aréopage étaient obligés d'offrir un sacrifice et de jurer sur les autels qu'ils étaient prêts à dire la vérité.

Dans les sacrifices offerts aux Érinyes, Euménides ou Furies, on employait le narcisse, le safran, le genièvre, l'aubépine, le chardon, le sureau ou l'hièble, et l'on brûlait des bois de cèdre, d'aune et de cyprès. On leur immolait des brebis pleines, des béliers et des tourterelles.

Ces déesses redoutables étaient partout l'objet d'hommages particuliers : c'est avec respect que l'on prononçait leur nom, et c'est à peine si l'on osait jeter les yeux sur leurs statues et les sanctuaires qui leur étaient consacrés.

Quelques auteurs ont confondu Érinyes avec Némésis et par suite les Érinnyes avec les Némèses, Celles-ci, selon Hésiode, n'étaient qu'au nombre de deux. L'une, la Pudeur, retourna dans le ciel après l'Age d'or ; l'autre, la véritable Némèse ou Némésis, fille de l'Érèbe et de la Nuit, resta sur la terre et dans les Enfers, pour veiller à la punition des fautes et à l'exécution des règles imprescriptibles de la Justice. Elle avait une inspection spéciale sur les offenses faites aux pères par les enfants. Elle était invoquée dans les traités de paix, et en assurait la stricte observation. C'est elle qui maintenait la foi jurée, vengeait l'infidélité des serments, recevait les vœux secretsBouguereau  - Orestes poursuivi par les Furies - 1862 , courbait les têtes orgueilleuses, rassurait les humbles, et consolait les amantes abandonnées. Sur une mosaïque d'Herculanum, on voit la malheureuse Ariane consolée par Némésis : le vaisseau de Thésée fend les mers et s'éloigne, tandis que, près d'Ariane, l'Amour se cache et verse des larmes.

En résumé, Furies et Némèses avaient pour devoir le maintien de l'ordre et de l'harmonie dans la famille, la société et le monde moral. Elles inspiraient la crainte des remords, des châtiments inévitables, et par là même faisaient comprendre aux hommes les douceurs d'une honnête conscience et les avantages de la vertu. Ce n'est pas en vain que l'on voyait Némésis, un doigt sur la bouche, et tenant un frein ou un aiguillon ; il était facile d'en déduire qu'elle recommandait la discrétion, la prudence, la modération dans la conduite, en même temps qu'elle excitait au bien.

 

Le dieu Thanatos, ou la Mort

Thanatos, ou la Mort, est un nom grec du masculin. Fils de la Nuit qui l'avait conçu sans le secours d'aucun autre dieu, frère du Sommeil (Hypnos), ennemi impla­cable du genre humain, odieux même aux Immortels, il a fixé son séjour dans le Tartare, selon Hésiode, devant la porte des Enfers, selon d'autres poètes. C'est en ces lieux qu'Hercule l'enchaîna avec des liens de diamant, lorsqu'il vint délivrer Alceste. Thanatos était rarement nommé en Grèce, parce que la superstition craignait de réveiller une idée fâcheuse, en rappelant à l'esprit l'image de notre destruction.

Les Éléens et les Lacédémoniens l'honoraient d'un culte particulier, mais on ne sait rien touchant le culte qu'ils lui rendaient. Les Romains lui élevèrent aussi des autels.

Thanatos avait un cœur de fer et des entrailles d'airain. Les Grecs le représentaient sous la figure d'un enfant noir avec des pieds tortus, et caressé par la Nuit, sa mère. Quelquefois ses pieds, sans être difformes, sont seulement croisés, symbole de la gêne où les corps se trouvent dans la tombe.

Cette divinité paraît aussi sur les sculptures anciennes avec un visage défait et amaigri, les yeux fermés, couverte d'un voile, et tenant, comme le Temps, une faux à la main. Cet attribut semble signifier que les hommes sont moissonnés en foule comme les fleurs et les herbes éphémères. Les sculpteurs et les peintres ont conservé cette faux à la Mort, et se sont plu à lui donner les traits les plus hideux. C'est, le plus souvent sous la forme d'un squelette qu'ils la représentent.

Les attributs communs à Thanatos et à la Nuit sont les ailes et le flambeau renversé ; mais Thanatos est encore distingué par une urne et un papillon. L'urne est censée contenir des cendres, et le papillon prenant son essor est l'emblème de l'espoir d'une autre vie. Hypnos, sur les tombeaux, désigne l'éternel Sommeil.

 

Supplices des grands criminels :

Les criminels les plus connus par leur genre de supplice aux Enfers sont Tityus, Tantale, Sisyphe et Ixion.

A  - Tityus, fils de la Terre, dont le corps étendu couvrait neuf arpents, avait eu l'insolence de vouloir attenter à l'honneur de Latone, un jour qu'elle traversait les délicieuses campagnes de Panope, en Phocide, pour se rendre à Pytho ou Delphes. Il fut tué par Apollon et par Diane, à coups de flèches, et précipité dans le Tartare : là un insatiable vautour, attaché à sa poitrine, lui dévore le foie et les entrailles qu'il déchire sans cesse, et qui renaissent éternellement pour son supplice.

B - Tantale, fils de Zeus et de la nymphe Ploutô, et roi de Lydie, par sa femme Dioné devint le père de Pélops, de Niobé et de Brotéas. Il était l’ami de Zeus, qui l’admettait aux banquets de l’Olympe et partageait avec lui le nectar et l’ambroisie jusqu’au jour où il trahit les secrets de Zeus et vola la nourriture des dieux pour la partager avec des mortels. Et, avant que ce crimeHans Holbein the Younger - Tantale - 1535-40 fût découvert, il commit un autre. Tantale avait invité tous les dieux de l’olympe à un grand banquet sur le mont de Sipyle, et il s’aperçut que les provisions dans son garde-manger étaient insuffisantes pour les invités : alors il découpa son fils Pélops et en ajouta quelques bons morceaux à la soupe qu’il avait préparé pour eux. Tous les dieux reconnurent la nourriture qui leur est offerte, furent saisi par dégoût et se détournèrent par horreur, excepté Déméter qui, hébétée par la disparition de Perséphone, mangea un morceau d’épaule gauche.

A la suite de ce geste Tantale fut sévèrement puni, il subit un châtiment éternel, il est suspendu à la branche d’un arbre fruitier penché sur les eaux. Les vagues viennent battre sur ses hanches, mais chaque fois qu’il se penche pour boire, elles se retirent. L’arbre est plein de fruits délicieux, et chaque fois qu’il tend la main pour en prendre un coup de vent les entraîne hors de sa portée. En plus menacé par un gros rocher, du mont Sipyle, qui surplombe l’arbre et menace éternellement de tomber et d’écraser le crâne de Tantale.

Après avoir puni Tantale Zeus fut heureux de ressusciter Pélops et il donna l’ordre à Hermès de réunir ses membres et de les bouillir à nouveau dans un chaudron qu’il avait rendu magique. Puis Clotho, l’une des Parques, les remit en place; Déméter lui donna une solide épaule en ivoire pour remplacer celle qu’elle avait mangée, et Rhéa lui insuffla la vie, tandis que Pan l’homme-bouc dansait de joie.                        

C - Sisyphe, fils d'Éole roi de Thessalie, épousa la pléiade Méropé, fille d’Atlas. Non loin de lui vivait Autolycos qui était passé maître dans l’art de voler, Hermès lui ayant donné le pouvoir de métamorphoser toutes les bêtes qu’il volait. Ainsi Sisyphe eût remarqué que ses propres troupeaux diminuaient tous les jours, alors que ceux d’Autolycos augmentaient, il fut tout d’abord dans l’incapacité de l’accuser de vol; un jour donc il grava sous le sabot de ses animaux un monogramme des mots : « volé par Autolycos » Cette nuit-là, Autolycos se servit, comme à l’ordinaire, et, à l’aube les empreintes de sabots sur la route fournirent à Sisyphe des preuves suffisamment concluantes pour convoquer les voisins et les prendre à témoins de vol,Franz Von Stuck - Sisyphe 1920 laissant le soin de tancer le voleur, il fit le tour de sa maison et devint l’amant de la fille d’Autolycos, Anticlée.

Lorsqu’à la mort d’Éole, Salomnée, usurpa le trône de Thessalie. Sisyphe devint l’amant de Tyro la fille de Salomnée et sa nièce, par vengeance. Alors Salomnée tua les fils de Tyro, et Sysiphe amena les cadavres à la place publique et l’accusa perfidemment et fut chassé de Thessalie.

Après que Zeus eut enlevé Égine, son père le dieu-fleuve Asopos vint à Corinthe. Sisyphe demanda une source éternelle à la citadelle de Corinthe au prix de révéler la place d’Égine. Zeus échappa à la vengeance d’Asopos et ordonna à son frère Hadès de mener Sisyphe au Tartare et de lui infliger un châtiment éternel. Mais Sisyphe usant d’une ruse mit des menottes dans les mains de Hadès et l’emprisonna dans sa maison plusieurs jours, - ce qui créa une situation intenable les hommes ne pouvaient plus mourir, même des hommes que l’on avait coupé la tête ou que l’on avait mis en pièces; c’est bien qu’à la fin Arès, dont les intérêts étaient menacés, arriva en toute hâte, le délivra et remit Sisyphe sous les griffes. Avant de descendre au Tartare, il avait recommandé à sa femme Méropé de ne pas l’enterrer; et quand il arriva au palais d’Hadès, il alla à Perséphone et lui déclara qu’étant sans sépulture n’a aucun droit de rester au Tartare et doit retourner sur la terre et châtier ceux qui ont manqué leur devoir, et retourner dans trois jours. Perséphone se laissa tromper et Sisyphe renonça à sa promesse, et il fallut qu’hermès le ramena de force.

Les juges des Enfers lui montrèrent un énorme rocher et lui donnèrent l’ordre de le rouler en lui faisant remonter la pente jusqu’au sommet d’une colline et la rejeter de l’autre côté pour qu’il retombe. Il n’a jamais réussi. Aussitôt qu’il est près d’atteindre le haut de la colline, il est rejeté en arrière sous le poids de l’énorme rocher, qui retombe en bas, et là, Sisyphe le reprend péniblement et doit tout recommencer tandis que la sueur baigne son corps et qu’un nuage de poussière s’élève au-dessus de sa tête.     

D - Ixion, fils de Phlégyas, roi des Lapithes, accepta d’épouser Dia, fille d’Éionée, promit de riches cadeaux de mariage et invita Éionée à un festin, mais il avait aménagé devant le palais une fosse dissimulée par des branches et où on brulait de charbon de bois; le roi ne se doutant de rien y périt. Tous les dieux dédaignèrent l’acte, mais Zeus le purifia et le convia à sa table. Ixion ingrat essaya de séduire Héra, se disant pour la venger de Zeus. Ce dernier façonna un grand nuage à la forme d’Héra et Ixion, qui était trop ivre pour remarquer que c’était une créature illusoire, s’unit bel et bien à cette nuée. Il fut surpris par Zeus qui donna ses ordres à Hermès de le flageller sans pitié jusqu’à ce qu’il répète ces mots : « Il faut respecter son bienfaiteur », puis l’attacher à une roue enflammée qui tournoie sans cesse  

Le Léthé

Après un grand nombre de siècles passés aux Enfers, les âmes des justes et celles des méchants qui avaient expié leurs fautes aspiraient à une vie nouvelle, et obtenaient la faveur de revenir sur la terre habiter un corps et s'associer à sa destinée. Mais, avant de sortir des demeures infernales, elles devaient perdre le souvenir de leur vie antérieure, et à cet effet boire les eaux du Léthé, fleuve de l'Oubli.

La porte du Tartare qui ouvrait sur ce fleuve était opposée à celle qui donnait sur le Cocyte. Là, les âmes pures, subtiles et légères, buvaient avec avidité ces eaux dont la propriété était d'effacer de la mémoire toute trace du passé, ou de n'y laisser du moins que de vagues et obscures réminiscences. Devenues aptes à rentrer dans la vie et à en supporter les épreuves, elles étaient appelées par les dieux à leur nouvelle incarnation.

Le Léthé coulait avec lenteur et silence : c'était, disent les poètes, le fleuve d'huile dont le cours paisible ne faisait entendre aucun murmure. Il séparait les Enfers de ce monde extérieur du côté de la Vie, de même que le Styx et l'Achéron les en séparaient du côté de la Mort.

Il est ordinairement représenté sous la figure d'un vieillard qui d'une main tient une urne, et de l'autre la coupe de l'Oubli.

           

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