Portrait de Picasso par Savador Dalí; 1947; 64,1x54,7 cm

Picasso: L´art

 

 

 

                      

Picasso et les maîtres du passé

 

Picasso prend son bien où il le trouve ! Durant toute sa vie il a regardé les chefs d’œuvres des grands maîtres et les arts primitifs, africains, océaniens, précolombiens ou autres. Il en a surpris la méthode, les principes, le fonctionnement. Le champ d’observation de Picasso est double : d’une part il il observe la vie, il épie les modèles ; de l’autre il assimile les méthodes des grands maîtres. Toute une partie de son œuvre est un dialogue avec les maîtres du passé. Et on peut ajouter, qu’il prête attention aux innovations et les expérimentations des arts d’aujourd’hui. Le regard en éveil et cet intérêt passionné pour le travail pictural de tous ceux qui l’ont devancé nous ont valu un certain nombre d’œuvres originales. Ces œuvres sont le fruit de la rencontre entre l’observation directe de la vie et la méthode de quelques maîtres. Picasso ne s’inspire pas d’un chef-d’œuvre, il traite un sujet similaire et il confronte sa manière avec celle de son confrère d’il y a un siècle ou plus. Il reprend le rythme de la composition, les personnages et en les actualisant, mais il y met son expérience de la vie, ses propres déformations, un dynamisme sien qui est celui de notre temps.

Les critiques ont dit que Picasso fait l’art à la puissance 2, de l’art “au carré” puisque son œuvre semble sortir d’une œuvre déjà existante. Picasso n’aborde pas son modèle d’un respect paralysant, mais comme un modèle vivant, comme pour les Ménines.

Un des premiers exemples de ces rencontres date de 1950, Picasso traite assez fidèlement dans le détail le tableau de Gustave Courbet de 1856 les Demoiselles des bords de la Seine. De l’origine tout ou presque est conservé à l’exception de la partie supérieur du paysage. On peut identifier la barque et ses rames et les nombreux détails de ses vêtements. Cependant le tableau de Picasso nous apporte une sensation autre, au point qu’on a quelque difficulté, au premier abord à identifier le modèle. C’est que Picasso a tout recomposé dans un réseau géométrique de lignes, morcelant chaque élément en facettes. Même la tonalité générale est reprise à son compte, jouant de couleurs presque pures. Les visages sont grossis, les corps étirés et pourtant un esprit reste qui répond à l’inspiration originale de Courbet.

La même année, le Portrait d’un peintre d’après Greco ne montre pas un Picasso plus respectueux. La tonalité est proche de l’original mais pas le dessin en arabesques qui s’entrecroisent.

En 1954 et 1955, la série des Femmes d’Alger marque l’apparition de Jacqueline Roque, qui allait devenir Jacqueline tout court en même temps que Madame Picasso. Les Femmes d’Alger ne sont pas nées d’une idée esthétique mais d’un concours de circonstances : sans doute, la perception par Picasso de sa ressemblance avec le personnage de droite du tableau de 1834 de Delacroix. Aux premiers portraits de Jacqueline en Algérienne succèdent des variations sur la composition du peintre romantique. Peu à peu la pensée de Jacqueline et la ressemblance disparaissait pour laisser la place à de pures recherches plastiques sur l’espace et la lumière. Une fois encore la peinture a gagné. Picasso répète : “La peinture est plus forte que moi. Elle fait faire ce qu’elle veut !”.

En 1957 les quarante-quatre variations d’après les Ménines de Vélasquez constituent un véritable dialogue entre confrères sur la notion d’espace. On éprouve la sensation que Picasso ressent le besoin plus que jamais de raisonner son art. Il n’apparaît pas toujours d’accord avec son illustre prédécesseur, il discute en égal, sans complexe, persuadé d’avoir raison, de dire plus avec ses moyens à lui que Vélasquez prisonnier du souci de la ressemblance formelle et d’un espace peut-être plus conventionnelle encore.

Certains confrères ont noté “une agressivité ironique et presque sacrilège” chez Picasso. Je ne serais pas d’accord s’il n’y avait quelques exceptions comme la Vénus et l’Amour voleur de miel, d’après Cranach, dans lesquelles Picasso ne cache ni son humour ni son plaisir.

Les Déjeuners sur l’herbe qui absorbent l’esprit de Picasso pendant dix-huit mois sont une méditation sur les moyens de la peinture. Au-delà du thème que Manet avait lui-même repris de Titien, Picasso met en œuvre toutes les ressources de son talent et de son expérience : c’est un festival dans lequel se mêlent ou s’entrecroisent des factures assez diverses. Le thème est éternel et le peintre nourrit le modèle offert par son précurseur de ses observations quotidiennes, faisant tour à tour délicat ou brutal, enveloppant ou catégorique. Tout y passe. C’est un style autrement énergique qu’il emploie, en 1936, lorsqu’il reprend l’Enlèvement des Sabines de David un thème d’étude mais un sujet symbolique qui corresponde à humanitaire et politique.

Quel que soit l’interlocuteur que Picasso choisit, il y a toujours affrontement, opposition mais aussi dialogue, disons dialectique, et cette dialectique entre le peintre et le modèle est éternelle. Rien d’étonnant si ce sujet revient si souvent au cours de la dernière période. Picasso au terme d’un long cheminement se comporte comme s’il n’était sûr de rien, comme si tous ses apports à l’art de notre temps restaient à vérifier et à contrôler. Il reprend chacun des points de son style avec une sorte de curiosité et d’angoisse ; il se penche sur son passé, ressuscite des sujets et des procédés abandonnés depuis des dizaines d’années, et toujours il oppose, qu’il les représente ensemble ou séparément, ces deux pôles de l’art : le peintre et son modèle, l’artiste et son sujet.

A consulter Les pages : - Les ménines

Des oeuvres choisis:

 Le repas  des paysans d'après le Nain 1917-18 164x118cm Mort  de Marat 1931 - 46x61 cm (d'après l'oeuvre de David) Bacchanales (d'après Poussin) 1944 - 31,1x43,3 cm Demoiselles des bords de la Seine 1950 P0rtrait d'un peintre d'après El Greco 1950; 150x100 cm Le massacre de corée 110x210 cm 1951 - influencé par le massacre de Goya - femme assise en costume d'alérienne 1955, 149x89,5 cm (Influences de Matisse) Femmes d'Alger d'après Delacroix  1955 Infante margarita 1957 Infanta Margarita 1957 Les Ménines d'après Velasquez 1957 Les Menines. d'après Velázquez 1957 194x260 cm Le déjeuner sur l'herbe 42,5x52 cm 1962 Le déjeuner sur l'herbe (d'après Edouard Manet), 1960 Le Déjeuner sur l'Herbe 1962 L'enlèvement des Sabines 1962-63 L'enlèvement des Sabines 1962 Rembrandt et Saskia 1963  Figure rembrandtesque et un Cupidon 1969

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♫ Johannes Brahms : Concerto Nº 2 pour piano et orchestre en si bémol majeure, op. 83