Picasso: L´art

 

 

 

Le Minotaure

 

            “Comment quelqu’un peut-il pénétrer mes rêves, mes instincts, mes désirs, mes pensées qui ont mis assez longtemps à mûrir et à venir au jour et surtout en déduire ce que je me suis proposé de faire, peut-être contre ma volonté.” Picasso qui nous incite à la prudence dans l’interprétation du sens caché de ses œuvres aimait jouer, se déguiser et déguiser ses proches. C’est avec une liberté sans égale qu’il s’empare des mythes pour les métamorphoser au contact d’allusions très personnelles et de thèmes taurins. Ainsi en est-il de celui du Minotaure, fruit des amours coupables de Pasiphaé, femme du roi Minos, avec le taureau blanc que lui envoya Poséidon. On sait que le taureau, devenu furieux, et le Minotaure à qui était sacrifié des jeunes hommes et de belles Athéniennes, furent tués par Thésée.

            Picasso bouleverse le thème dans le cycle fantastique de ses « Minotauromachies », un cycle qui, de 1933 à 1937, « illustre bien la symbolique ambivalente de la corrida au cours de laquelle s’opère constamment la permutation de l’humain et de l’animal, du masculin et du féminin ».

            L’identification de Picasso au taureau est attestée par de nombreux témoignages et l’on comprend que la dualité du Minotaure ait permis le transfert de l’animal au demi-dieu, mi-homme mi-bête, gentil et cruel, victime et bourreau, qui épuise finalement « toute complexité des relations possibles avec son entourage ». Au terme d’une impressionnante série de peintures, dessins et gravures, de jeux d’alcôve à la mort dans l’arène, Picasso réalise, en mai 1936, quatre gouaches importantes parmi lesquelles il choisit le modèle du Rideau de scène pour « Le Quatorze-Juillet ». Leur  thème est particulièrement complexe à déchiffrer amis chacune reprend, en les transformant ou les inversant, les éléments de l’autre qu’on retrouve au final dans La Dépouille du Minotaure en costume d’arlequin, du 28 mai 1936. Outre les trois variantes du Minotaure aveugle guidé par une fillette (1934), il semble opportun d’ajouter à cette confrontation l’admirable gravure du 23 mars1935, la célèbre Minotauromachie « qui condense en une seule image tous les motifs et tous les symboles du cycle » d’y ajouter encore CorridaLa mort de la femme torero du 6 septembre 1933, pour arpenter enfin le labyrinthe du mythe antique revisité.

            Picasso est Minotaure qui enlève la jument morte Marie-Thérèse, car pour lui, dans la dualité de la corrida le cheval est la femme ; tout comme dans La Minotauromachie, le monstre repousse la petite fille couronnée de fleurs (à nouveau Marie-Thérèse, image de la pureté de l’amour ou du désir sur son cheval). Picasso-Minotaure trébuche sous la pique comme le taureau dans l’arène et c’est lui qui s’effondre, pauvre mannequin disloqué en costume d’Arlequin, dans les bras d’un homme à tête d’aigle qui n’est pas sans évoquer la figure d’Horus, dieu solaire égyptien. Bourreau mais victime, Picasso-Minotaure voit son double se dresser devant lui sous l’aspect du sculpteur barbu – image récurrente dans son œuvre : il se réfugie tout en haut d’une échelle dans La Minotauromachie, accueille ou repousse l’homme au masque de Minotaure terrassé dans l’arène ou encore défie les monstres une pierre à la main. Le bel adolescent juché sur ses épaules pourrait être aussi une représentation de l’artiste vêtu de sa célèbre marinière, les bras tendus comme le vieux sculpteur ; mais l’aspect androgyne de la figure évoque davantage la femme picador de la gouache du 8 mai. Le profil féminin du visage rappelle celui de Dora Maar, nouvelle compagne du peintre : la fusion Picasso-Dora sera fréquente dans son œuvre ; dans ce cas, la dépouille de la jument est bien Marie-Thérèse. Ainsi, l’étrange équipage apparaît-il comme la transposition du couple que de redresser la femme aux seins dénudés et au profil de Marie-Thérèse étendue sur la jument emportée par le fauve blessé – image sublime de l’enlèvement d’Europe – dans Corrida - la mort de la femme torero pour en voir le double et percevoir l’image même du « Tercio » de la pique dans le corrida.

La gouache choisie par Picasso pour le Rideau de scène pour le « Quatorze-Juillet » est donc la transposition au plan mythologique d’une phase de corrida où le peintre aspire à triompher du Minotaure amoureux qui l’habite. S’il est vraie que l’artiste adapte plus ou moins consciemment son histoire personnelle au mythe antique en identifiant réellement ses proches aux figures de la tauromachie, imaginons les émois de Picasso au soir de la première du Quatorze-Juillet, devant son rideau, en résonance avec l’histoire…

« Le beau toro qui m’engendra le front couronné de jasmins… » (Picasso 1936).

 

 le Picador 1894 Course des taureaux 1899  Scenbe de tauromachie 1900  Tauromachie (Les Victimes) 1901 La Corrida 1901 Taurreau 1906, 9x13,3 cm Le rapt Nessus & Dejanire 1920 21x26 cmMinotaure courant 1928 1,30x1,63 m  Corrida la mort de la femme toréro 22x27 cm 1933 Corrida  la mort du toréro 40x31 cm 1933 Minotaure 1933 Minotaure vaincu 1933 Maquette pour la couverture du "Minotaure"; Paris mai 1933; 48,5x41 cm La femme à la bougie combat entre le taureau et le cheval  1934 Taureau agonisant 1934Corrida 1934 33x41 cm 34course de taurreaux; 22 07 1934; 54,3x73 cm34Taurreau mourrant; 16 07 1934; 333x552 cm Course des taurreaux; 22 07 1934; 97x130 cm Minotaure et cheval; 15 04 1935; 17,5x25,5 cm Minotaure et cheval - 1933La minotauromachie 1935; 49x49 cm Minotaure et femme (Marie-Thérèse Walter)  50x66 cm Minotaure et jument morte devant une grotte face à une jeune fille au voile500x655cm 1936 La dépouille du Minotaure en costume d'arlequin - extrait -, 28 mai 1936, 8,30x13,25 cm  Minotaure et femme -Dora Maar-1936 - 40,5 x 72 cm Minotaure et des figures allégoriques fuyantes dans un bateau 1937  20,5x23 cm Minotaure et sa femme 1937 Taureau humain 11 mai 1937 dans une étude de Guernica Étude pour Guernica Étude pour Guernica Étude pour Guernica Guernica 1937 351x782 cm   Nature morte avec tete de taureau 1939 Taureau 1938 Nature morte au crane de boeuf 1942; 130x97 cm Le roi des Minotaures 1958                 

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