Portrait de Picasso par Savador Dalí; 1947; 64,1x54,7 cm

Picasso :L´art

 

 

 

La période Surréaliste 

             Cette période débute dans la décennie qui précède la Deuxième Guerre mondiale. Des éléments qui s’apparentent au surréalisme. Ces signes vont notamment de la répartition apparemment arbitraire des parties du visage de la Femme endormie dans un fauteuil jusqu’à certaines Femmes de 1937, contemporaines de Guernica dont les composantes semblent disposées avec une fantaisie poétique et toute surréaliste. La participation de Picasso au “Minotaure”, ses rapports avec Breton et surtout le dessin de la couverture du premier numéro de la revue en 1933 tendent à accréditer cette thèse.

            Picasso eut des rapports souvent amicaux avec les surréalistes, qu’il suivit le mouvement de près, qu’il eut des audaces proches de celles de certains peintres surréalistes, mais que jamais il n’adhéra, ni aux théories ni aux principes, que toujours il garda ses distances envers ce qui apparut rapidement une école, pour ne pas dire un dogme. Picasso tient trop à sa liberté et trop de choses le séparent toujours des meilleurs peintres surréalistes, qu’il s’agisse de Dali, de Miró, de Max Ernst, de Toyen ou de Chirico. Jamais Picasso n’aurait accepté de ramener un art qu’il a élevé au niveau d’un langage autonome possédant son vocabulaire, sa syntaxe, sa sémantique au rôle d’une imagerie illustrant les rêves de poètes, voire le délire de malades.

            Car qu’est-ce que le surréalisme sinon la réhabilitation du subconscient après les découvertes de Sigmund Freud et la priorité donnée à celui-ci sur les données du conscient, l’éloge de tous les automatismes, de la création en état d’hypnose qui mènent à des inventions inattendues comme la “rencontre sur une table d’opération d’une machine à coudre et d’un parapluie” ?

            Il faut distinguer deux formes de peintures surréalistes : celle qui laisse place à d’authentiques automatismes et qui conduit à des inventions dans la liberté du geste comme chez Miró ou André Masson pour citer les meilleurs : et celle qui n’est que la transcription appliquée dans un style souvent proche de celui de la Renaissance d’images insolites patiemment élaborées comme chez Dali ou Toyen pour citer les plus célèbres.

            Ni l’une ni l’autre ne correspondent au tempérament de Picasso : elles s’opposent à sa volonté de création consciente. Ce qui a pu entraîner une confusion, c’est la présence de certaines formes aux découpes apparemment arbitraires et assurément insolites et la mise en place de ces formes sans constituer cependant à proprement parler un retour à la perspective.

            Si la distribution des éléments d’un corps humain dans la peinture de Picasso nous apparaît parfois surréaliste, cela ne signifie pas que nous ne percevons pas les raisons de Picasso. Dans l’Acrobate de 1930, on voit très bien le parti plastique et la volonté d’inclure un corps dans un format carré. Mais les volumes découpés des Figures au bord de la mer peuvent être comparés à des poupées brisées dont les fragments auraient été rassemblés par un enfant fou ou un vieillard aveugle. Pourtant en y regardant bien et surtout sans préjugé, ces deux visages qui s’affrontent, langues tirées comme pour s’embrasser ou se mordre, ces jambes entrecroisées, cette paire de seins qui occupe le centre de la toile, tout y est pour nous donner non seulement le sens mais le sentiment de cette étreinte sauvage. Comme dans la Baigneuse jouant au ballon.

            Ces rencontres qui aboutissent à des effets concertés ne peuvent être fortuites et la parenté avec le Surréalisme est purement formelle, uniquement extérieure. Il en va de même avec la Femme assise au bord de la mer qui, avec son corps largement ouvert sur l’espace lointain, avec ses formes déchiquetées et agressives permet des rapprochements avec certaine période de Dali. Mais alors que Dali tente de nous faire pénétrer dans un univers onirique le plus souvent gratuit, c’est-à-dire sans signification particulière, Picasso trouve dans ce procédé de découpage en parties anatomiques le moyen d’exprimer l’agressivité irraisonnée du personnage, sa bêtise et sans doute l’angoisse qui ronge déjà l’Europe malade des années trente. Ces monstres apparaissent rétrospectivement comme une anticipation des désastres qui menaçaient le monde. Cette expression violente du désespoir ira en s’exaspérant jusqu’à l’explosion de Guernica et des Femmes qui pleurent. Entre temps, il y aura un merveilleux répit avec les portraits de femmes tout en rondeurs, surtout avec le portrait de Marie-Thérèse.

            En compagnie de son ami, le sculpteur espagnol Julio Gonzalez, il a commencé par travailler le métal, assemblant des objets usuels pour faire naître des personnages inattendus. Ces figures symboliques d’une grande rigueur plastique manquaient sans doute de présence. Elles ne correspondaient qu’au squelette de sa peinture, à sa structure, à sa composition. Dans le bois, il taille de longues figurines féminines. Enfin, la terre lui apporte le volume, d’amples surfaces à moduler et le contrôle concret des déformations expressives qu’il ose dans sa peinture. Pour Picasso, il n’y a pas de disciplines séparées consacrées à la traduction d’expressions différentes, il n’y a pas de matériaux nobles et de matériaux pauvres ; tout pour lui est art ou peut le devenir et tous les moyens de l’homme peuvent participer à la concrétisation de l’idée qu’il poursuit.

            Cette période para surréaliste est marquée également par le mythe du Minotaure et la réapparition du thème de la corrida. Les deux sont cousins. Pour l’Espagnol qu’est Picasso, la corrida exerce une fascination indéniable et signifie beaucoup : le taureau est un emblème de force pure mais aussi de virilité. Le mythe grec n’est que poétisation de ce symbole. Le Minotaure, mi-homme, mi-taureau, issu de l’accouplement de Jupiter et de Pasiphaé, exigeait régulièrement le sacrifice d’une jeune vierge.

            Chez Picasso, le taureau-minotaure est tantôt le séducteur accroupi parmi des femmes nues, tantôt le monstre meuglant dans une arène qui n’appartient plus au folklore espagnol mais devient le site idéal de combats où se joue le destin de l’homme. L’ambiguïté du thème est mise en valeur dans des compositions différentes, traitées dans des styles divers, parfois même contradictoires, jusqu’à ce sommet de l’art qu’est Guernica.

Des oeuvres de cette période: 

 Femme nue dans un fauteuil rouge 1923 arlequin musicien 1924 Nature morte 1925 - 98x132 cm Le baiser 1925 La danse (trois danseurs)  215x142 cm  1925 Nature morte à la tête antique 1925 - 130x97cm Figure 1927 L'acrobate bleu 1929 130x162 cm Monstre et soi 1929 Nu à la plage 1929 Baigneuse ouvrant une cabine 1928 Minotaure courant 1928 1,30x1,63 m Baigneuse tenant un ballon - Marie-Thérèse Walter - 1929 21,9x14 cm Nu 1929 Nu à la plage 1929 Nu dans un fauteuil 1929 Tête sur fond rouge 1930 La femme au stylet 1931 62x47 cm  Nature morte sur un guéridon 1931; 195x130 cm Figures au bord de la mer 1931 nature morte aux tulipes 1932 131x98 cm Femme avec une fleur, 1932 Fille devant un miroir 1932 Le sommeil (Marie-Thérèse Walter) 1932 130x97 cm Lecture 1932 femme dans un fauteuil jaune 1932 Corrida  la mort du toréro 40x31 cm 1933 Nu dans un fauteuil 1932 Fille lisant à une table 162.2 x 130.5 cm 1934 Minotaure 1933 Le studio 1934   Corrida la mort de la femme toréro 22x27 cm 1933 Sculpteur et modèle allongé 1933 Tête 1929 63x54Maquette pour la couverture du "Minotaure" ; Paris mai 1933; 48,5x41 cm La femme à la bougie combat entre le taureau et le cheval  1934 Lecture 1934 Taureau agonisant 1934 Taurreaux mourrant; 16 07 1934; 33,3x55,2 cm Minotaure et cheval; 15 04 1935; 175x255 cm Course de taurreaux; 22 07 1934; 54,3x73 cm Course des taurreaux 22 07 1934; 97x130 cm La muse 1935 130x162 cm Femmes dans un intérieur 1936; 51 cm x 61 cm; Peinture à l'huile sur toile La minotauromachie 1935; 49x49 cm La dépouille du Minotaure en costume d'arlequin - extrait -, 28 mai 1936, 8,30x13,25 cm  Faune cheval et oiseau; 5 08 1936; 44,2x54,4 cm Minotaure et femme -Dora Maar-1936 - 40,5 x 72 cm Minotaure et jument morte devant une grotte face à une jeune fille au voile 500x655cm 1936 Minotaure et femme (Marie-Thérèse Walter); 1936;  50x66 cm

                                                                                                                                                                                                                       

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