Paul Eluard et Picasso à Wroclaw 1948

Picasso et Eluard

 

 

 

Poèmes

A Pablo Picasso dans : Capitale de la douleur
 
Première du monde
 
Captive de la pleine, agonisante folle,
La lumière sur toi se cache, vois le ciel :
Il a fermé les yeux pour s’en prendre à ton rêve,
Il a fermé ta robe pour briser tes chaînes.
 
Devant les roues toutes nouées
Un éventail rit aux éclats.
Dans les traîtres filets de l’herbe
Les routes perdent leur reflet.
 
Ne peux-tu donc prendre les vagues
Dont les barques sont les amandes
Dans ta paume chaude et câline
Ou dans les boucles de ta tête ?
 
Ne peux-tu prendre les étoiles ?
Écartelée, tu leur ressembles,
Dans leur nid de feu tu demeures
Et ton éclat s’en multiplie.
 
De l’aube bâillonnée un seul cri veut jaillir,
Un soleil tournoyant ruisselle sous l’écorce.
Il ira se fixer sur tes paupières closes.
Ô douce, quand tu dors, la nuit se mêle au jour.                  

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A Pablo Picasso dans : Cours naturel
 
Paroles peintes
 
Pour tout comprendre
Même
L’arbre au regard de proue
L’arbre adoré des lézards et des lianes
Même le feu même l’aveugle
 
Pour abolir
La grimace du zéro
Qui demain roulera sur l’or
 
Pour trancher
Les petites manières
Des géants nourris d’eux-mêmes
 
Pour voir tous les yeux réfléchis
Par tous les yeux
 
Pour voir tous les yeux aussi beaux
Que ce qu’ils voient
Mer absorbante
 
Pour que l’on rie légèrement
D’avoir eu chaud d’avoir eu froid
D’avoir eu faim d’avoir eu soif
 
Pour que parler
Soit aussi généreux
Qu’embrasser
 
Pour mêler baigneuse et rivière
Cristal et danseuse d’orage
Aurore et la saison des seins
Désirs et sagesse d’enfance
 
Pour que les déserts soient dans l’ombre
Au lieu d’être dans
Mon
Ombre
 
Donner
Mon
Bien
Donner
Mon
Droit.      

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