Auotportrait 1906, 27x19cm

Picasso: Oeuvres

 

 

 

Autoportrait à la palette

1906 – Huile sur toile, 92x73 cm – Museum of Art, Philadelphia

 Cet autoportrait est de la période rose

            Comme Rembrandt, comme tout créateur véritable, Picasso est conscient qu’il peut tout peindre. Aussi lorsqu’il se peint, tout comme il peindrait une montagne, il ne cherche pas la ressemblance, qui lui importe moins que la vérité, s’il s’interroge sur lui-même à partir des moyens qui sont les siens.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul autoportrait de cette période, qui enAutoportrait en bleu 1901 compte plusieurs, où Picasso reprend et radicalise les problèmes qu’il vient de se poser à Gosol. Ici non plus, les masses ne sont pas modelées, mais traitées selon les plans qui les simplifient, selon les arêtes qui les accentuent ou les infléchissent. L’économie de la couleur, en se limitant à des accords de gris bleuté, de blanc et d’ocre, renforce encore ce parti architectural, dans lequel le cerne n’intervient jamais pour enfermer la forme mais système de représentation des volumes devient le plus révélateur, parce que réduisant la tête à l’ovale du masque, il accuse ses traits et géométrise sa configuration, comme pour décupler la puissance du “regard aux trois épées croisées” dont a parlé Paul Eluard. Le sens délibérer de cette recherche peut être attesté par le Portrait de Gertrude Stein, dont Picasso effaça le visage avant de partir pour Gosol et qu’il termina dès Autoportrait 50x46cm 1907son retour à Paris en lui donnant l’expression d’un masque, sans pour autant revenir sur ce qui avait été précédemment peint. Cette transposition du visage dans 1906, ainsi que dans la suite d’autoportraits dont certains évoquent les bronzes ibériques, tandis que d’autres anticipent déjà sur des mutations prochaines.

Charpenté comme un paysage rude, austère l’Autoportrait à la Palette, dont le dépouillement sévère rappelle aussi les primitifs catalans, transforme la figure du peintre en un champ de forces qui crée son propre espace et contient aussi, en cet automne 1906 où Cézanne disparaît, la leçon des Baigneuses et de la Sainte-Victoire, le projet de ce que sera demain la discipline cubiste.

                              

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