D'après une oeuvre de Magritte

Picasso: Oeuvres

 

 

 

Les pauvres au bord de la mer

1903 – Huile sur panneau de bois, 105x69 cm –

National Gallery of Art, Washington

 Ce tableau est de la période bleue

A son retour à Barcelone en 1903, le bleu, que l’on sentait déjà sourdre dans les toiles de Paris, va devenir pour Picasso un moyen d’expression exclusif. Le bleu, la simple et pure modulation de son champ, tempère la matière et l’éclaire de l’intérieur jusqu’à la transparence. Il ne sert pas à représenter les ombres ou l’obscurité et ne vise qu’indirectement à des fins réalistes ; ce qu’il permet, au contraire, c’est définir un climat mental, une aire de résonance où les figures se révèlent en précisant la réalité de leur trait, de leur caractère et affirment leur présence meurtrie par le drame qu’elles assument.

            Dans les Pauvres au bord de la mer, Picasso reprend un thème qu’il avait précédemment travaillé et qu’il soumet ici à une ascèse monochrome, ne cherchant plus les oppositions de couleurs, mais la différenciation tonale d’une seule et même couleur. Froid, délavé, le bleu ne fait qu’accuser davantage la tension frémissante et l’acuité d’un dessin concentré sur son sujet. Sujet énigmatique et arbitraire, que seule la puissance poétique du peintre justifie.

            D’où viennent ces personnages misérables ? Quelle Evocation ou l'enterrement de Casagemas, 1901, 150x90 cmdétresse les a conduits jusqu’à l’extrême solitude de ce rivage désolé où la terre, le ciel la mer et l’air se confondent ? Nul détail anecdotique n’est là pour expliquer leur attitude, nul argument pour les situer, les replacer dans un contexte qui leur soit propre. Rien, si ce n’est la vérité de leur geste et sa grandeur dramatique dans la lumière grave qui les baigne et les découpe durement, implacablement. Ces personnages assemblés en famille, que le malheur et la faim semblent traquer, qui errent sous l’emprise du désespoir, nous sont moins pitoyables que terriblement fraternels. Et devant l’homme et l’enfant transis dans leurs haillons, la femme se dresse dans les plis sévères de sa robe tombant à la manière des sculptures antiques : ainsi rappelle-t-elle, en l’épurant, la masse dense des pleureuses qui dans Évocation (1901), entourent la dépouille du poète Casagemas, l’ami dont le suicide affecta profondément Picasso.

            Drapé dans leur misère, les Pauvres au bord de la mer sont les signes éprouvés de l’humanité, la transfiguration de sa pauvreté et de sa tragédie                             

Retour      

 

Home | Pierreuse | L’Enfant au Pigeon | Les pauvres | La Vie | Les Bateleurs | Autoportrait | La Femme à l’Éventail | Les Demoiselles d’Avignon | Les Trois Musiciens | Guernica | La guerre et la Paix | Les ménines

 

♫ Respighi : La Boutique Fantasque : Tarentelle