Pablo Picasso

 

 

Picasso et le théâtre 

             Des aspects les plus fascinants et les plus importants de l’œuvre de Picasso – qui ne furent pas assez examinés – le théâtre et les spectacles de toute sorte, ses deux ont joué dans son art, pratiquement dès le début. En 1916, un plongeon complet de Picasso dans le monde du théâtre, mais apparemment brusque de Picasso dans la perspective qu’a exercé toujours sur lui le théâtre et y voir un départ que Picasso pouvait accueillir avec joie, du point de vue de la création, car il lui offrait une occasion inespérée d’élargir son expérience picturale. Les décors que Picasso a créés pour la scène et, par-dessus tout, son active participation à la réalisation de spectacles théâtraux, qui l’ont occupé pendant sept ans, eurent à l’époque, un effet direct sur l’évolution de son art et devraient être considérés comme ayant eu une influence considérable. De toute façon, on voit dans cette expérience théâtrale l’origine d’une attitude dramaturge : elle caractérise l’utilisation qu’il fit par la suite de certains majeurs. On constate, en analysant ses œuvres, les rapports intimes qui unissent les diseuses, les arlequins et les acrobates que Picasso peignit avant 1906 et ceux de plus tard. La scène, le cirque et l’arène où la prestidigitation, l’illusion et la réalité se mêlent, ont contribué à l’évolution artistique de Picasso.

            Toute forme de spectacle, semble-t-il, est une fête visuelle, un défi et une source d’inspiration pour Picasso, qui, à de nombreuses époques a trouvé ses sujets au music-hall, au cabaret, au théâtre, au cirque et, par-dessus tout, dans le drame de la corrida. Picasso est prompt à se réjouir de tout ceci, mais son intérêt, en tant qu’artiste, réside ailleurs. Car Picasso ne s’arrête pas court à ce qui semble être. Picasso avec son œil perçant regarde et sent les choses en profondeur, ce qui le mène à capturer ce qui échappe à l’œil, les ruses, l’artifice, l’astuce, l’élément de la vie réelle sur lequel est jeté le voile de l’illusion.

            Dans l’esprit de Picasso il existe un parallèle entre la peinture et le théâtre. C’est-à-dire qu’il en est venu à considérer l’une et l’autre comme des moyens différents mais comparables de créer un monde illusoire avec des images qui n’en renvoient pas moins, et nous aident, nous spectateurs, à connaître davantage le monde réel dans lequel nous vivons. Ainsi, Picasso ne suit pas Watteau, Delacroix ou Degas en peignant des épisodes théâtraux pour leurs seules valeurs pittoresques, émotionnelles, poétiques ou symboliques. Il ne manque pas de nous faire partager le spectacle, mais, en même temps, il se jette au milieu de la scène qui se déroule sous ses yeux pour en tirer des éléments qui rendront ses peintures plus vivantes et plus vibrantes encore. Picasso regarde, se laisse attirer et se détache. Il se mêle aux êtres humains qui créent le spectacle, s’intéresse au rituel qu’ils doivent subir, à la virtuosité de leur jeu, Picasso rejoint Daumier et Toulouse-Lautrec. Mais Picasso s’est aventuré plus loin, et si profondément qu’il est devenu un homme de théâtre lui-même. Et, dans sa peinture, il tend un miroir vers le spectacle, mais nous montre, sous une autre lumière, les vérités rudes et les réalités de la vie quotidienne auxquelles nous avons trop facilement cessé de croire durant la représentation.

 

Des théâtres où a travaillé Picasso

1917 PARADE Ballet par Jean Cocteau et Léonide Massine ; musique d’Erik Satie. Rideau, décor et costumes par Picasso. Créé par les Ballets russes de Diaghilev.
1919 LE TRICORNE Ballet par Léonide Massine (d’après Alarcón) ; musique de Manuel de Falla. Rideau, décor et costumes par Picasso. Créé par les Ballets russes de Diaghilev.
1920 PULCINELLA Ballet par Léonide Massine (d’après La Commedia dell’Arte) ; musique d’Igor Stravinsky (d’après Pergolèse). Décor et costumes par Picasso. Créé par les Ballets russes de Diaghilev.
1921 CUADRO FLAMENCO Suite de danses andalouses traditionnelles. Décor et costumes par Picasso. Spectacle créé par Diaghilev.
1922 L’APRÈS-MIDI D’UN FAUNE Ballet de Vaslav Nijinski ; musique de Claude Debussy. Rideau par Picasso. Reprise d’une création originale des Ballets russes de Diaghilev.
        ANTIGONE Tragédie par Jean Cocteau (d’après Sophocle). Décor par Picasso. Créé par Charles Dullin au Théâtre de l’Atelier, Paris.
1924 MERCURE Ballet par Léonide Massine ; musique d’Erik Satie. Rideau, décor et costumes par Picasso. Créé par le Comte E. de Beaumont aux Soirées de Paris.
        LE TRAIN BLEU Ballet par Jean Cocteau et Bronislava Nijinska ; musique de Darius Milhaud. Rideau par Picasso. Créé par les Ballets russes de Diaghilev.
1936 LE 14 JUILLET Pièce par Romain Rolland. Rideau par Picasso. Présentée par la Maison de la Culture au Théâtre de l’Alhambra, Paris.
1944 ANDROMAQUE Tragédie par Racine. Un sceptre pour Jean Marais (Pyrrhus) par Picasso. Présentée au Théâtre Edouard-VII, Paris.
1945 LE RENDEZ-VOUS Ballet par Jacques Prévert et Roland Petit ; musique de Pierre Kosma. Rideau par Picasso. Créé par les Ballets des Champs-Élysées au Théâtre Sarah Bernhardt, Paris.
1947 ŒDIPE ROI Tragédie par Sophocle. Décor par Picasso. Présentée par Pierre Blanchard au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
1954 CHANT FUNÈBRE Poème de Federico Garcia Lorca. Décor par Picasso. Théâtre 347, Paris.
1960 L’APRÈS-MIDI D’UN FAUNE Ballet par Nijinski (version Lifar). Rideau par Picasso. Créé pour l’Opéra de Paris ; présentation en 1965 au théâtre du Capitole de Toulouse.
1962 ICARE Ballet par Serge Lifar. Rideau et décor par Picasso. Créé à l’Opéra de Paris.

On vous propose:

                - Rideau de scène du 14 Juillet

                - La dépouille   

                - Parade (introduction à un groupe de pages)

                - Le désir attrapé par la queue   

                - Le tricorne  

 

Retour      

Home | Art | Oeuvres | Lettres | Théâtre

 

 ♫ Manuel de Falla : Le Tricorne ; La Meunière